Eleven A.M. (Onze heures du matin) – Poème de Joyce Carol Oates inspiré d’une peinture d’Edward Hopper

ELEVEN A.M.

 

She’s naked yet wearing shoes.
Wants to think nude. And happy in her body.

Though it’s a fleshy aging body. And her posture
in the chair—leaning forward, arms on knees,
staring out the window—makes her belly bulge,
but what the hell.

What the hell, he isn’t here.

Lived in this damn drab apartment at Third Avenue,
Twenty-third Street, Manhattan, how many
damn years, has to be at least fifteen. Moved to the city
from Hackensack, needing to breathe.

She’d never looked back. Sure they called her selfish,
cruel. What the hell, the use they’d have made of her,
she’d be sucked dry like bone marrow.

First job was file clerk at Trinity Trust. Wasted
three years of her young life waiting
for R.B. to leave his wife and wouldn’t you think
a smart girl like her would know better ?

Second job also file clerk but then she’d been promoted
to Mr. Castle’s secretarial staff at Lyman Typewriters. The
least the old bastard could do for her and she’d
have done a lot better except for fat-face Stella Czechi.
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Letter from Koblenz (Lettre de Coblence) – Poème de Kenneth White

LETTER FROM KOBLENZ

 

In memoriam Ausonius, latin poet, resident in
4th century Bordeaux (Burdigalia) who made a trip
to Koblenz (Confluentes) and thereafter wrote the
long river-poem Mosella.

 

Here in this confluential town
at the junction of the Rhine and the Moselle
a chill rain running
down the window of the Europa Hotel
I’m reading that old Ausonian poem :
« I had just traversed the Nava
fast-moving through its fog
then iter ingrediens solum
commenced a lonely road… » Lire la suite…

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In sich versunken (Penchée sur soi) – Poème d’Hannah Arendt

In sich versunken

 

Wenn ich meine Hand betrachte
— Fremdes Ding mit mir verwandt —
Stehe ich in keinem Land,
Bin an kein Hier und Jetzt
Bin an kein Was gesetzt.

Dann ist mir als sollte ich die Welt verachten,
Mag doch ruhig die Zeit vergehen,
Nur sollen keine Zeichen mehr geschehen. Lire la suite…

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Der König in Thule (Le roi de Thulé) – Poème de Johann Wolfgang von Goethe

DER KÖNIG IN THULE

 

Es war ein König in Thule,
Gar treu bis an das Grab,
Dem sterbend seine Buhle
Einen goldnen Becher gab.

Es ging ihm nichts darüber,
Er leert’ ihn jeden Schmaus;
Die Augen gingen ihm über,
So oft er trank daraus.

Und als er kam zu sterben,
Zählt’ er seine Städt’ im Reich,
Gönnt’ alles seinen Erben,
Den Becher nicht zugleich. Lire la suite…

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L’attente est mauvaise conseillère – Texte de Milena Jesenská

J’ai lu, cet été, un livre intitulé « Vivre » qui réunit des articles de la journaliste Milena Jesenská.
On méconnait encore les œuvres de cette femme talentueuse et engagée, rendue célèbre par les correspondances de Franz Kafka.

J’y ai découvert des textes, publiés dans les journaux pragois de l’entre-deux-guerres, d’une modernité surprenante. Le regard de cette auteure sur le monde, l’être humain, le quotidien en Tchécoslovaquie et la menace fasciste était extrêmement lucide.

En voici un, empreint de philosophie, qui nous invite à réfléchir sur notre relation au temps et notre perception du présent :

 

L’ATTENTE EST MAUVAISE CONSEILLÈRE

 

Nous passons notre vie à attendre quelque chose ; nous sommes incapables de vivre sans cette attente, sans cet espoir. Cela ne vous a-t-il donc jamais frappés ? En hiver, nous attendons le printemps, nous imaginons la douceur des soirs et la beauté du soleil estival au bord de l’eau. L’été nous trouve en train de faire des projets d’excursions à skis, à évoquer l’agrément, la secrète volupté du poêle qui ronfle, de la lumière de la lampe et des livres que nous aimons, les joies de la neige et le charme d’un ciel gris et brumeux. Nous attendons une nouvelle robe, une soirée au concert, la ville que nous verrons pour la première fois et les futures rencontres. Petite fille, je vivais dans la folle attente de « la vie ». Je croyais qu’un jour, brusquement, la vie allait commencer, s’ouvrir devant moi. Comme un lever de rideau, comme un spectacle qui commence. Il ne se passait rien et il se passait des quantités de choses, mais ce n’était pas ça, on ne pouvait pas dire que c’était la vie, et il faut croire que je persiste à n’être qu’une petite fille, puisque je reste toujours dans les mêmes dispositions, que je continue à attendre cette vie qui doit venir. Et pourtant, il y a longtemps que la vie a commencé et même, lorsque petite, j’attendais, c’était déjà la vie. Les événements que j’attendais avec tant d’impatience survenaient l’un après l’autre et jamais ils n’étaient aussi beaux que l’attente et ils ne retrouvaient leur beauté que dans le souvenir et dans l’attente renouvelée de leur retour. Lire la suite…

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Eating poetry (Manger de la poésie) – Poème de Mark Strand

C’est avec ce poème, trouvé au hasard feuilleté d’un numéro de la revue Europe, que j’ai découvert le poète américain Mark Strand (1934-2014) et son œuvre.

Un poème réunissant la poésie, une bibliothèque et une bibliothécaire ne pouvait que retenir mon attention. Et il s’est avéré, en outre, aussi amusant qu’étrange.

EATING POETRY

 

Ink runs from the corners of my mouth.
There is no happiness like mine.
I have been eating poetry.

The librarian does not believe what she sees.
Her eyes are sad
and she walks with her hands in her dress.

The poems are gone.
The light is dim.
The dogs are on the basement stairs and coming up. Lire la suite…

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Thanassis Hatzopoulos et la poésie

Thanassis Hatzopoulos dit de la poésie qu’elle est « la pensée des sensations » et écrit :

 

PASSAGE SECRET

 

Experts en objets anciens. Ils tâtent, ils scrutent, ils flairent l’objet et le temps qu’il porte en lui. Les secrets de fabrication, le sceau de l’époque, le style et l’art. C’est dans le même souci de faire exister que le poète va toucher ce qui paraît dénué d’importance. Le mur qui brusquement lui barre la route. Comme s’il cherchait le mécanisme invisible qui, s’il le touche, même par hasard, ouvre un passage secret, l’entrée d’un escalier obscur menant à un souterrain qui débouche dehors. Ou comme s’il cherchait la ligne qui lors du séisme s’ouvrira en crevasse. Le déplacement des plaques tectoniques, la profondeur de champ et la distance de l’épicentre détermineront le degré d’ouverture. Une traversée, autrement dit, qui comme l’amour va réveiller la vie tandis qu’apparaîtra au sommet du désastre, telle une fleur, le poème. Lire la suite…

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Ayyappa Paniker et la poésie

Qu’est-ce qu’un bon poème ?

 

Est-il possible d’éluder simplement la question en arguant qu’un bon poème, cela n’existe pas ? Quelqu’un peut s’en tenir à cette esquive, si telle est sa ferme conviction. Pourtant la chose est sûre : il y a de bons poèmes, même s’ils ne sont pas jugés tels en fonction d’une conformité présumée avec des conventions qui définiraient ce qu’est un bon poème. On pourrait au contraire soutenir qu’un bon poème défie toute la gamme possible des définitions. Les définitions viennent toujours après ce qu’elles définissent. Qui plus est, elles manquent de précision.
La notion de bon poème relève de l’indéfinissable – comme le poème lui-même. Lire la suite…

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Les jardins de Colone – Extrait de la tragédie « Œdipe à Colone » par Sophocle

Les jardins de Colone

 

LE CHŒUR. Étranger, tu es dans une contrée célèbre par ses coursiers, dans le plus beau séjour de ce pays, tu es sur le sol du blanc Colone. Ici de nombreux rossignols font entendre leurs plaintes mélodieuses dans des vallons toujours verts, sous l’ombrage du lierre noirâtre, et dans ces bois sacrés, inaccessibles, impénétrables au jour, où les arbres chargés de fruits sont respectés des orages, et où, dans ses joyeux transports, Bacchus aime à errer au milieu du cortège de ses divines nourrices. Chaque jour la rosée du ciel y fait fleurir le narcisse aux belles grappes, et le safran doré, couronne antique des deux grandes déesses. La source du Céphise y verse à flots pressés une onde qui ne dort jamais; et sans cesse son eau limpide court à travers la plaine et féconde au loin les campagnes. Ni les chœurs des Muses, ni Vénus aux rênes d’or ne dédaignent ces lieux. Là croît un arbre que n’a jamais produit l’Asie, ni la grande île de Pélops, habitée par les Doriens, un arbre qui vient de lui-même, sans culture, l’effroi des lances ennemies et qui fleurit à une très grande hauteur dans ce pays ; l’olivier à la feuille bleuâtre qui ombrage le berceau de l’enfance, élève dans cette contrée ses rameaux vigoureux. Les chefs ennemis, jeunes ou vieux, ne pourront jamais l’arracher ni le détruire; Zeus Morios et Athéna aux yeux bleus veillent sans cesse sur leur arbre chéri.

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