Les passantes – Poème d’Antoine Pol chanté par Georges Brassens

Les passantes Place Vendôme, Paris, 1947 – Photographie par Willy Ronis (1910-2009)

 

LES PASSANTES

 

Je veux dédier ce poème
À toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets,
À celles qu’on connaît à peine,
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais.

À celle qu’on voit apparaître
Une seconde à la¹ fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui.

À la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin ;
Qu’on est seul peut-être à comprendre,
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa² main.

[ À la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n’est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

À celles qui sont déjà prises,
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant.

Chères images aperçues,
Espérances d’un jour déçues,
Vous serez dans l’oubli demain ;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin.

Mais si l’on a manqué sa vie,
On songe, avec un peu d’envie,
À tous ces bonheurs entrevus,
Aux cœurs qui doivent vous attendre,
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre4,
Aux yeux qu’on n’a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes les5 belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir.

 

Antoine Pol, in Émotions poétiques, Éditions du Monde nouveau, 1918.
Georges Brassens (1921-1981) trouve un exemplaire de ce recueil aux Puces de Vanves en 1942. Il met ce poème en musique et l’enregistre en octobre 1972.

 

Notes :
¹ Variante de Brassens : sa
² Variante de Brassens : la
³ Strophe supprimée par Brassens
4 Variante de Brassens : inversion des 2 vers
5 Variante de Brassens : ces

 


Vidéo diffusée le 19 novembre 1977 – Archive Ina
Assis dans l’encadrement de la porte d’entrée d’un décor de taverne, Georges Brassens chante « Les Passantes » en s’accompagnant à la guitare. Derrière lui, on aperçoit Pierre Louki.

 

 

 

Clefs : nostalgie | rencontre | croiser du regard | timidité | admiration | éphémère | rêveur | séduction
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Le danseur des ruines – Poème de Michel Ménaché

Danseur des ruinesAhmad Joudeh dansant sur les ruines de Palmyre, en Syrie
– Image du documentaire Dance or die, 2016 –

Le danseur des ruines

à Maram al-Masri,

« Danse ou meurs »
Ahmad Joudeh

 « Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse. »
Friedrich Nietzsche

 

La peur au ventre
la tête haute
il s’élance dans le camp de Yarmouk
contemple Damas dévastée
les pierres saignent le béton s’effondre
il défie la pesanteur
et les bombes
il ignore les snipers tapis dans l’ombre
Homs agonise
Alep subit depuis des mois les outrages
des fous de Dieu
la rage des mercenaires & des avions
d’Al Assad Lire la suite…

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Plongée

PLONGÉE

 

Minute de songe, pétrifiée.
Le voyage
est intérieur…

Enveloppe de chair absente,
oubliée.

Immersion salutaire
au doux de l’alvéole,
au revers des coutures,
au démesuré de l’intime.

Seul, dans ma plaine abyssale,
en recul,
en relâche,
en ressource.

 

Guillaume Riou
Poème écrit en août 2010.

 

Plongée - Poème de Guillaume RiouVacuous – Photomontage par Jeffrey Michael Harp

 

 

Clefs : subconscient | repli nécessaire | profondeur | retrait du monde | connaissance de soi | refuge | absence | évasion
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Nous les gueux – Poème de Léon Gontran Damas

NOUS LES GUEUX

nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres Lire la suite…

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Îles imaginaires – Poème de Jacqueline Held

J’ai lu dernièrement un recueil intitulé « Cartographie ».  J’ai été sensible au poème : « Îles imaginaires ». Et un second a éveillé ma curiosité : « Disque arabe d’Al Istakri ».

J’ai découvert ensuite que Jacqueline Held est une auteure de littérature pour la jeunesse et j’ai compris l’origine de la force de son poème.
Ses souvenirs d’enfance ont fait ressurgir les miens.

 

Îles imaginaires

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à Frédérique Arvat,

Sur le parvis de l’opéra Garnier
les orchestres dos à dos
accompagnent Fred
dans sa quête d’orientation.

Pomme en main
elle danse,
interroge l’infini*
sous le regard doré
d’une Renommée sceptique.

 

Guillaume Riou. Poème écrit en 2011.

* geste en forme de symbole infini à faire avec son smartphone pour recalibrer la boussole interne via l’application Google maps.

 

∞ infiniRenommée au pied de L’Harmonie – Sculpture par Charles Gumery (1827-1871) appartenant au groupe en bronze doré L’Harmonie, couronnement gauche de la façade principale de l’opéra Garnier. La Poésie constitue le couronnement droit.

 

 

Clefs : Frédérique Grumel-Arvat | allégorie | Apple iPhone | art | danseuse | divinité | géolocalisation | connecté | geste | lemniscate | mouvement | mythologie | palais Garnier | spiritualité | symbole | téléphone portable | infinity |  Charles-Alphonse-Achille Gumery
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Soies – Poème d’Hubert Nyssen

SOIES

 

 

Je te supplie, déploie ce soir
toutes tes soies, des plus palpables
aux plus secrètes, des plus souples
à celles, un rien râpeuses et pareilles
aux petits vins que tu préfères,
lève ces soies comme tu lèverais
le soupçon du délire, lève-les
pour mon plaisir de cartographe Lire la suite…

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Banian de Madras – Poème de Jean Orizet

BANIAN DE MADRAS

 

À Madras, dans le parc de la Société théosophique, se dresse un banian : il est censé être le plus vieux du monde. Son immobilité n’est qu’apparente; siècle après siècle il se déplace en se multipliant selon un cycle végétatif qui s’exerce de bas en haut comme de haut en bas : les racines, jaillissant vers la lumière, deviennent troncs, branches, et celles-ci, redescendant vers le sol pour y pénétrer, s’y font racines à leur tour, lesquelles engendreront d’autres troncs, d’autres branches aussi. Des fûts se dressent, s’entrecroisent et l’arbre, doucement, forge sa propre cage dont il est à la fois l’otage et le gardien ; mais jamais celle-ci ne pourra l’enfermer puisqu’il saura bientôt créer une autre cage. Lire la suite…

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Chronos

CHRONOS

 

Assis sur une souche
tatouée de vécu,
je trempe mes pieds
dans l’ombre monumentale
que le massif déploie.

En une fraction de déclin,
son domaine s’étend
jusqu’au profond de mes pupilles.

Elle me saisit la chair,
s’incruste à l’ossature
de mes tourments.

Noyé dans le terne
silencieux et rafraîchissant,
je prends conscience
que ma vie n’est qu’un cycle
dans les cycles du temps.

 

Guillaume Riou. Poème écrit en 2012

 

Chronos

 

 

Clefs : alpages | cycle | dendrochronologie | effroi | existentialisme | obscur | randonnée
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La légende du Kerdeck – Poème de Jean-Louis Dubut de Laforest

La légende du Kerdeck

 

C’est fête patronale au Kerdeck, en Bretagne,
Ivon roi des binious, Ivon jeune et charmant,
Mène le bal, et gai comme un appel d’amant
Le biniou fait vibrer la grève et la montagne.

Seul, Ivon chante encor, vers le soleil mourant :
Plus doux est son refrain, plus noire est la campagne !
L’homme tremble d’amour, quand du flot qui le gagne,
Une femme s’élance et des bras l’entourant : Lire la suite…

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