Poème extrait de « Visions d’un jardin ordinaire » – Lucien Suel

Le cordeau raidi était la règle posée sur le cahier blanc du terrain propre et nu. Le fer de l’arbraquette a ligné la page invisible, dessiné l’espace de la cartographie horticole. Une théorie de canyons parallèles, des vallées aux pentes lisses et poussiéreuses, routes suivies par les fourmis du voyage. Les arroyos de cet Arizona potager seront très bientôt en crue. Le jardinier est là. Son arrosoir en tôle galvanisée se baisse lentement vers le petit vallon assoiffé. Une eau de pluie tiède sourd du bec verseur. Penché vers le terrain vierge, le jardinier contrôle le débit de l’arrosoir. La poussière se coagule au fond du wash (réf. Tony Hillerman). Deux fourmis emportées par le courant finissent par s’échouer sans dommages sur un des bords de la rigole. Le dieu de la pluie abandonne l’arrosoir dans l’allée, sème la salade dans le sillon boueux, recouvre tout ça. Fondu au noir. Lire la suite…

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Le danseur des ruines – Poème de Michel Ménaché

Danseur des ruinesAhmad Joudeh dansant sur les ruines de Palmyre, en Syrie
– Image du documentaire Dance or die, 2016 –

Le danseur des ruines

à Maram al-Masri,

« Danse ou meurs »
Ahmad Joudeh

 « Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse. »
Friedrich Nietzsche

 

La peur au ventre
la tête haute
il s’élance dans le camp de Yarmouk
contemple Damas dévastée
les pierres saignent le béton s’effondre
il défie la pesanteur
et les bombes
il ignore les snipers tapis dans l’ombre
Homs agonise
Alep subit depuis des mois les outrages
des fous de Dieu
la rage des mercenaires & des avions
d’Al Assad Lire la suite…

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Nous les gueux – Poème de Léon Gontran Damas

NOUS LES GUEUX

nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres Lire la suite…

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Îles imaginaires – Poème de Jacqueline Held

J’ai lu dernièrement un recueil intitulé « Cartographie ».  J’ai été sensible au poème : « Îles imaginaires ». Et un second a éveillé ma curiosité : « Disque arabe d’Al Istakri ».

J’ai découvert ensuite que Jacqueline Held est une auteure de littérature pour la jeunesse et j’ai compris l’origine de la force de son poème.
Ses souvenirs d’enfance ont fait ressurgir les miens.

 

Îles imaginaires

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A un gato (À un chat) – Poème de Jorge Luis Borges

A UN GATO

 

No son más silenciosos los espejos
ni más furtiva el alba aventurera;
eres, bajo la luna, esa pantera
que nos es dado divisar de lejos.
Por obra indescifrable de un decreto
divino, te buscamos vanamente;
más remoto que el Ganges y el poniente,
tuya es la soledad, tuyo el secreto.
Tu lomo condesciende a la morosa
caricia de mi mano. Has admitido,
desde esa eternidad que ya es olvido,
el amor de la mano recelosa.
En otro tiempo estás. Eres el dueño
de un ámbito cerrado como un sueño.

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Машинистке на приобретение пелеринки (À une dactylo à l’occasion de l’achat de sa pèlerine) – Poème de Nikolaï Oleïnikov

МАШИНИСТКЕ НА ПРИОБРЕТЕНИЕ
ПЕЛЕРИНКИ

 

Ты надела пелеринку,
Я приветствую тебя !
Стуком пишущей машинки
Покорила ты меня.

Покорила ручкой белой,
Ножкой круглою своей,
Перепискою умелой
Содержательных статей.

Среди грохота и стука
В переписочном бюро
Уловил я силу звука
Ремингтона твоего.

Этот звук теперь я слышу
Днем и ночью круглый год, –
Когда град стучит по крыше,
Когда сверху дождик льет,

Когда птичка распевает
Среди веток за окном,
Когда чайник закипает
И когда грохочет гром.

Пусть под вашей пелеринкой,
В этом подлинном раю,
Застучит сильней машинки
Ваше сердце в честь мою.

[1929]

Nikolaï Oleïnikov (1898-1937), in Un poète fusillé : vers choisis, Ed. Gallimard, Coll. Du monde entier, 2016

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Letter from Koblenz (Lettre de Coblence) – Poème de Kenneth White

LETTER FROM KOBLENZ

 

In memoriam Ausonius, latin poet, resident in
4th century Bordeaux (Burdigalia) who made a trip
to Koblenz (Confluentes) and thereafter wrote the
long river-poem Mosella.

 

Here in this confluential town
at the junction of the Rhine and the Moselle
a chill rain running
down the window of the Europa Hotel
I’m reading that old Ausonian poem :
« I had just traversed the Nava
fast-moving through its fog
then iter ingrediens solum
commenced a lonely road… » Lire la suite…

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In sich versunken (Penchée sur soi) – Poème d’Hannah Arendt

In sich versunken

 

Wenn ich meine Hand betrachte
— Fremdes Ding mit mir verwandt —
Stehe ich in keinem Land,
Bin an kein Hier und Jetzt
Bin an kein Was gesetzt.

Dann ist mir als sollte ich die Welt verachten,
Mag doch ruhig die Zeit vergehen,
Nur sollen keine Zeichen mehr geschehen. Lire la suite…

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Soies – Poème d’Hubert Nyssen

SOIES

 

 

Je te supplie, déploie ce soir
toutes tes soies, des plus palpables
aux plus secrètes, des plus souples
à celles, un rien râpeuses et pareilles
aux petits vins que tu préfères,
lève ces soies comme tu lèverais
le soupçon du délire, lève-les
pour mon plaisir de cartographe Lire la suite…

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La dent de Jaman – Poème d’André Pieyre de Mandiargues

à  Y. B.

Le ciel rit bleu comme un ossement
Le jour est très vieux
Ce matin
Mais la jeune Dent de Jaman
Follement s’échevèle
Entre ses sœurs coiffées de neige
Blancheurs allant
Valser peut-être au soir du monde. Lire la suite…

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