Thanassis Hatzopoulos et la poésie

Thanassis Hatzopoulos dit de la poésie qu’elle est « la pensée des sensations » et écrit :

 

PASSAGE SECRET

 

Experts en objets anciens. Ils tâtent, ils scrutent, ils flairent l’objet et le temps qu’il porte en lui. Les secrets de fabrication, le sceau de l’époque, le style et l’art. C’est dans le même souci de faire exister que le poète va toucher ce qui paraît dénué d’importance. Le mur qui brusquement lui barre la route. Comme s’il cherchait le mécanisme invisible qui, s’il le touche, même par hasard, ouvre un passage secret, l’entrée d’un escalier obscur menant à un souterrain qui débouche dehors. Ou comme s’il cherchait la ligne qui lors du séisme s’ouvrira en crevasse. Le déplacement des plaques tectoniques, la profondeur de champ et la distance de l’épicentre détermineront le degré d’ouverture. Une traversée, autrement dit, qui comme l’amour va réveiller la vie tandis qu’apparaîtra au sommet du désastre, telle une fleur, le poème. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Ayyappa Paniker et la poésie

Qu’est-ce qu’un bon poème ?

 

Est-il possible d’éluder simplement la question en arguant qu’un bon poème, cela n’existe pas ? Quelqu’un peut s’en tenir à cette esquive, si telle est sa ferme conviction. Pourtant la chose est sûre : il y a de bons poèmes, même s’ils ne sont pas jugés tels en fonction d’une conformité présumée avec des conventions qui définiraient ce qu’est un bon poème. On pourrait au contraire soutenir qu’un bon poème défie toute la gamme possible des définitions. Les définitions viennent toujours après ce qu’elles définissent. Qui plus est, elles manquent de précision.
La notion de bon poème relève de l’indéfinissable – comme le poème lui-même. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Mohammed Dib et la poésie

Poésie oblige

 

Mais à quoi faire, à quoi dire ? Il est à craindre que le jour où l’on répondrait à cette question, la poésie aurait vécu. Serait-ce un art, un exercice spirituel, une morale ? Quand elle serait tout cela, ce ne serait encore ni ça, ni assez. Elle serait le rêve et sa clef. Elle serait, au contraire du trou noir sidéral qui avale jusqu’à la lumière, un trou blanc qui produirait de la lumière ; ce serait troublant, non ?
Mais il est encore à craindre que, comme on ne percevra jamais le secret du trou noir, il en sera de même pour l’énigme du trou blanc.
La poésie, je l’ai souvent entendu dire par mon ami défunt Guillevic, poète inspiré s’il en fut, s’il en est : « C’est autre chose », en réponse à la question à lui souvent posée. C’est autre chose. Sur l’insistance importune de certains, il complétait par la sentence arabe : « Si ton chant n’est pas plus beau que le silence, tais-toi. » Et lorsqu’un jour il improvisa ce poème laconique comme lui : « Escargot ma non troppo », il ne croyait pas avoir inventé aussi une autre définition de la poésie ; pourtant c’en était une. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Cesare Pavese et la poésie

Le poète est passé
A travers l’océan fulgurant
De l’atmosphère de pierre et d’acier
De la ville nocturne.

Se brisant en éclats,
Rugissent le long des rues
Les forces inexorables,
Fleuves d’étoiles, gonflés,
Qui follement tourbillonnent.

Le poète traverse
Le vaste ciel nocturne
Et ses gestes sont amples comme ceux d’un lutteur. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Raymond Queneau et la poésie

Un poème

 

Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrême
un poème. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Lanza Del Vasto et la poésie

UNE DÉFINITION DE LA POÉSIE

 

 

Mes passions m’appartiennent, ne regardent que moi, ne doivent troubler que moi. Ce n’est pas pour les exprimer que j’écris, pour les exciter chez les autres ou pour les chérir en moi-même. C’est plutôt pour m’en défaire. C’est afin de les clarifier au filtre de la forme, de les prendre au filet des accords, de les calmer en beauté.

Pour que naisse une œuvre d’art il faut un choc, une émotion, un trouble c’est-à-dire un problème à résoudre, et il faut qu’une forme en résulte c’est-à-dire que le problème se résolve. Quand la forme apporte au trouble une réponse immédiate, pertinente et définitive, l’œuvre est belle. Elle suscitera chez autrui le même trouble et n’en suscitera pas plus qu’elle n’en peut apaiser. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

André Laude et la poésie

La poésie inadmissible

 

M’emmerdent Lamartine et Saint-John Perse, François Coppée et Paul Claudel, Valéry et André Laude. M’emmerdent les grands trafiqueurs qui filent la rime, le verset, le beau langage vérolé.
M’emmerde LA POÉSIE
Je bénis le ciel d’avoir gangrené la jambe d’Arthur de Charlestown, d’avoir déglingué le piano d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, d’avoir foutu le feu dans les tripes de Gérald Neveu avec qui j’ai vécu quelques folles nuits là-bas à Marsilho. Je bénis le ciel d’avoir jeté Tristan Corbière sur un bateau de papier qui a été échoué par les pirates du cap des Trépassés. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr
image_pdfimage_print