Coquillages et caleçon de bain – Farces poétiques de Pierre Desproges

Fervent amateur de littérature, Pierre Desproges (1939-1988) maniait le verbe avec talent, au service du comique et du cinglant.
Il savait aussi s’en moquer.

coquillages caleçon de bain(Source de l’image)

J’ai retrouvé sur le site de l’Ina deux intermèdes d’une émission d’Antenne 2 diffusée en 1979 : « Sacha Distel à Monte-Carlo » . On y découvre, au large des côtes, un bateau de plaisance sur lequel Desproges porte en dérision la poésie et les poètes.
Sous ses airs de touriste nonchalant, il drape dans ses rimes maladroites et ses poncifs une satire du poète vertueux qui se prend au sérieux.

La poésie a trouvé là un moqueur à sa mesure.

LES COQUILLAGES

 

Ah, j’aime bien pêcher les moules et les rascasses !
On en trouve parfois en cherchant dans la mer.
Alors qu’en montagne, il y en a pas des masses.
Voit-on sur le Mont-Blanc des moules marinières ? Lire la suite…

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L’attente est mauvaise conseillère – Texte de Milena Jesenská

J’ai lu, cet été, un livre intitulé « Vivre » qui réunit des articles de la journaliste Milena Jesenská.
On méconnait encore les œuvres de cette femme talentueuse et engagée, rendue célèbre par les correspondances de Franz Kafka.

J’y ai découvert des textes, publiés dans les journaux pragois de l’entre-deux-guerres, d’une modernité surprenante. Le regard de cette auteure sur le monde, l’être humain, le quotidien en Tchécoslovaquie et la menace fasciste était extrêmement lucide.

En voici un, empreint de philosophie, qui nous invite à réfléchir sur notre relation au temps et notre perception du présent :

 

L’ATTENTE EST MAUVAISE CONSEILLÈRE

 

Nous passons notre vie à attendre quelque chose ; nous sommes incapables de vivre sans cette attente, sans cet espoir. Cela ne vous a-t-il donc jamais frappés ? En hiver, nous attendons le printemps, nous imaginons la douceur des soirs et la beauté du soleil estival au bord de l’eau. L’été nous trouve en train de faire des projets d’excursions à skis, à évoquer l’agrément, la secrète volupté du poêle qui ronfle, de la lumière de la lampe et des livres que nous aimons, les joies de la neige et le charme d’un ciel gris et brumeux. Nous attendons une nouvelle robe, une soirée au concert, la ville que nous verrons pour la première fois et les futures rencontres. Petite fille, je vivais dans la folle attente de « la vie ». Je croyais qu’un jour, brusquement, la vie allait commencer, s’ouvrir devant moi. Comme un lever de rideau, comme un spectacle qui commence. Il ne se passait rien et il se passait des quantités de choses, mais ce n’était pas ça, on ne pouvait pas dire que c’était la vie, et il faut croire que je persiste à n’être qu’une petite fille, puisque je reste toujours dans les mêmes dispositions, que je continue à attendre cette vie qui doit venir. Et pourtant, il y a longtemps que la vie a commencé et même, lorsque petite, j’attendais, c’était déjà la vie. Les événements que j’attendais avec tant d’impatience survenaient l’un après l’autre et jamais ils n’étaient aussi beaux que l’attente et ils ne retrouvaient leur beauté que dans le souvenir et dans l’attente renouvelée de leur retour. Lire la suite…

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Les poètes encore – Texte de Jean-Paul Dollé

LES POÈTES ENCORE

 

C’est une affaire entendue : on ne pense pas, on est pensé.
On n’agit pas, on est l’agent d’une structure inventée par l’exacte typologie des rapports de production et des rapports sociaux qui leur correspondent. Chacun sait bien que les idées ne tombent pas du ciel. Tout cela est acte ; un peu maigre.

Comment nous viennent les idées ? Par l’idéologie, cette pourvoyeuse de mauvaises pensées et de lambeaux d’images qui vous rentrent dans la tête et qui sortent de la bouche sous forme de sons, appelés mots. Existent quelques-uns(unes) préposé(e)s qui sécrètent plus intensivement que d’autres ces petits bouts de réalité sonore et langagière qui consolident et détraquent la réalité tout court. C’est pourquoi ces individus sont séduisants et dangereux. On les nomme en général intellectuels. Lire la suite…

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L’incertitude selon Prigogine – Texte de Jean Soler

L’incertitude selon Prigogine

 

Quand j’étais en poste à Bruxelles, je voyais souvent Ilya Prigogine. Nous étions devenus amis avant qu’il obtienne, en 1977, le prix Nobel de chimie.
Il habitait, en dehors de la ville, un appartement aux pièces larges et claires donnant sur une terrasse, d’où l’on apercevait un rideau d’arbres. Il y avait peu d’objets mais parfaitement accordés à lui, des œuvres stylisées, elliptiques, épurées comme une équation : statuettes des Cyclades — de la Grèce avant la Grèce — avec leur visage plat, ovale, où seule était marquée la ligne du nez, au-dessus d’un long cou et d’un torse où deux petites protubérances indiquaient les seins ; ou un disque chinois de l’époque Han, en jade, un bi représentant le Ciel, c’est-à-dire, pour les Chinois, l’univers tout entier, avec un vide au milieu, en forme de cercle, et la pierre verte autour, dont le bord extérieur était hérissé par endroits, régulièrement, d’arêtes, si bien que cet objet symbolique alliait le vide et le plein, autant que la courbe et la droite. Il y avait aussi, dans un angle du salon, un piano à queue, avec des partitions de Bach : des notes agencées comme des nombres dans une démonstration mathématique. Il disait que, grâce à sa mère (il était né dans une famille juive en 1917 à Moscou), il avait su lire une partition avant de pouvoir lire un livre. Il aurait aimé être un pianiste professionnel. Il se serait vu aussi en archéologue. Ce que nous aurions pu être a laissé des traces dans ce que nous sommes devenus. Lire la suite…

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L’usage des plans indicateurs lumineux d’itinéraires – Texte de Jane Sautière extrait de « Stations (entre les lignes) »

J’ai découvert ce texte en visitant une exposition de Sylvie Sauvageon à l’Artothèque d’Annecy intitulée « Présent de vérité générale ». Il est extrait de l’ouvrage Stations (entre les lignes) de Jane Sautière, qui se lit avec plaisir en suivant les stations personnelles où nous emmène l’auteure.

Ce court extrait du chapitre Ultima spiaggia a immédiatement fait ressurgir des souvenirs d’enfance, sans doute partagés par beaucoup, lorsque je découvrais le métro parisien et ses ludiques panneaux d’itinéraires lumineux :

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Tout est affaire de philosophie… – Texte de Jean-Pierre Naugrette

Socrates - Footballeur brésilien - Tout est affaire de philosophieSócrates (1954-2011) – Milieu de terrain international brésilien.

 

Tout est affaire de philosophie…

 

Une vieille émission des Monty Python représente un match de « Philosophie internationale » à l’Olympiastadion de Munich entre une équipe de philosophes grecs opposée à une équipe de philosophes allemands. Les Grecs sont vêtus en toges, les Allemands en costumes d’époque XVIIIe-XIXe.
Allemagne : Leibniz, Kant, Hegel, Schopenhauer, Schelling, Beckenbauer, Jaspers, Schlegel, Wittgenstein, Nietzsche, Heidegger.
Grèce : Platon, Épictète, Aristote, Empédocle, Plotin, Épicure, Héraclite, Démocrite, Socrate, Archimède. Lire la suite…

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Le con définitif – Chronique radiophonique de François Morel

A l’occasion de la préparation des commémorations du « 150ème anniversaire d’Erik Satie », comme l’indique l’ordre du jour du conseil municipal d’Arcueil, Denis Truffaut, conseiller Front National, a cherché à salir la mémoire du compositeur.
Outre un « hypocrite », un « lâche », un « médiocre », un « illuminé », Satie n’était selon lui qu’un « membre de parti communiste alcoolique ».
Selon le journal Le Parisien, Denis Truffaut est allé glaner ses arguments sur la page Wikipédia du compositeur. Bel exemple d’analyse et de vérification des informations…

Le con définitif
Les conseillés FN malheureusement trop présents dans nos municipalités françaises ont l’art et la manière de clamer des énormités.
Cette pathétique anecdote a donné naissance à une délectable chronique radio du brillant François Morel, sur France-Inter, le 3 juin 2016 :

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Portrait d’Aguigui Mouna par Anne Gallois – Extrait de « Aguigui Mouna : gueule ou crève »

Mouna cyclocentaure - CabuÀ 15 heures 30 précises, l’homme et le vélo ont fendu la foule. Fleuris de badges, enjolivés d’accessoires, décorés comme un jour de carnaval, fringants malgré leurs carcasses d’un autre âge.
L’homme a sorti d’une sacoche écornée ses instruments de travail : un téléphone rouge, une cloche, un sac de graines, un mètre ruban. En deux enjambées, il s’est hissé sur le couvercle d’une poubelle géante. Embrassant le public d’un coup d’œil connaisseur, il bat le rappel en baladin virtuose, distribue les calembours, fait le clown puis, brusquement, explose soulevé par un subit accès de colère :
« Bande de robots… j’en ai marre de cette société de merde. Pas vous ?…» Lire la suite…

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Palmyre – Vue par Paule Henry-Bordeaux en 1922

Extrait de « Sur la route de Palmyre » (livre édité en 1923), ce récit de Paule Henry-Bordeaux, voyageant alors dans une Syrie sous mandat français, est l’un des témoignages qui nous permet de garder des traces de ce patrimoine de l’humanité détruit au fil des siècles et récemment rasé par l’État Islamique.

Certains propos de l’auteure, empreints de supériorité patriotique, doivent être remis dans leur contexte historique de la France coloniale d’entre-deux-guerres.

 

Palmyre, 20 avril 1922.

[…] Au matin, nous descendons au camp d’aviation, en dehors de la ville. Le jour a peuplé les ruines et nous croisons des troupes d’enfants et de femmes.
Le Bréguet où je vais monter brille comme un bibelot de luxe. Encore quelques instants et j’aurai reçu le baptême de l’air, au cœur des sables, en plein désert. Pas l’ombre d’une émotion, sinon une curiosité que l’attente intensifie jusqu’au paroxysme. Je m’engouffre dans une vaste combinaison fourrée où je disparais, j’enfonce avec difficulté ma tête dans un casque de cuir, je m’applique sur les yeux une paire de solides lunettes. Je suis parée, en avant, et je me hisse avec peine dans la carlingue où le pilote est déjà installé. Le moteur, poussé à fond, rugit, formidable, et demandant grâce avec menace ! Les oreilles sont remplies d’un bourdonnement qui croît. — « Coupé, contact, coupé ! » L’avion a bougé, il bouge… Les mécaniciens retiennent encore les ailes, ils les lâchent.
Nous décollons. Sur le sable roux nous glissons de plus en plus vite, les ailes de l’hélice s’enfièvrent, l’air nous pique le visage. Le sol se dérobe. Nous conquérons le ciel. Nous montons. Le vent de la course et le vrombissement du moteur ouatent nos sensations et nous retranchent de la terre. Et voici que Palmyre apparaît dans sa gloire. Lire la suite…

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Eh, comment faire ? – Texte de Han Han (韩寒)

J’ai lu dernièrement l’ouvrage « Blogs de Chine » qui reprend une sélection de billets parus sur le blog du fameux Han Han, 新浪博客, entre 2006 et 2011. Plusieurs d’entre eux sont tombés sous le couperet de la censure, mais pas dans l’oubli… .

Le blogueur aux centaines de millions de visiteurs n’a pas sa langue dans sa poche et manie le verbe (devrais-je dire les « sinogrammes » ?) avec intelligence.
Certains articles m’ont semblé « faciles », voire superficiels, comme ses critiques des poètes chinois contemporains par exemple. Mais globalement, j’ai apprécié la plupart pour leur impertinence citoyenne et leur opposition ironique aux dérives propagandistes du gouvernement chinois ; comme « Les enfants, vous avez déçu pépé » ou « Le patriote aime surtout sauver la face ».

Voici l’un d’entre eux : Lire la suite…

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