La condition transhumaine

La condition transhumaineCase de la bande-dessinée The social media generation, de Marc Maron, 2013
– BD adaptée en court métrage d’animation

 

LA CONDITION TRANSHUMAINE

 

La ville s’étend.
Les ombres vespérales rampent sur ses flancs de béton.
Les panneaux publicitaires aveuglent les pigeons indolents.

Partout des visages, faiblement bleutés,
devant leur minuscule fenêtre ouverte sur des extensions du monde.
Pouces fébriles.
Yeux fatigués.
Oreilles obstruées.

Empêchés volontaires
– trop absorbés pour ressentir –
ils vivent la réalité comme une contrainte,
se dédoublent sans cesse sur les réseaux,
s’informent sans vérifier,
s’orientent sans observer,
s’exposent en selfies
et communiquent à distance.

Quelle peur profonde guide ainsi leur cerveau ?

 

Guillaume Riou
Poème écrit en 2016.

 


L’avenir sera-t-il transhumain ou très humain ? – Intervention d’Alain Damasio dans le cadre des conférences TED (Technology, Entertainment and Design), Paris, 2014.

 

 

Clefs : transhumanisme | H+ | comportement | usage de l’outil | téléphone portable | smartphone | humain connecté | être augmenté | Internet | dérive progressiste | contre nature | dévitalisation | évolution | questionnement éthique
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Chant IV de « L’identité obscure » – Poème de Jacques Ancet

Mon recueil favori de Jacques Ancet est « L’identité obscure », paru en 2009 aux éditions Lettres vives.
Chacun des chants qui le composent est comme un long souffle révélateur. On y redécouvre le monde au prisme du regard de l’auteur : des éclats, des ralentis, des angles. Ses mots s’enchaînent et imposent un rythme qui fait écho au flux incessant et insaisissable du temps. Chaque chant recèle sa part de vibrations et de brûlures.

Un recueil à lire et à relire, en se laissant guider par le fil d’Ariane du poète.

 

CHANT IV

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Rue de la République

RUE DE LA RÉPUBLIQUE

 

Le vieil anonyme
incarcéré dans ses murmures
campe, immobile,
dans le désert des foules.

 

Guillaume Riou

 

Rue de la RépubliqueSans-abri sur Yonge Street, Toronto, le 20 décembre 2009 – Photo par Andy Burgess

 

 

 

Clefs : précarité | misère | SDF | clochard | sans abri | folie | marginal | démence | abandon | exclusion
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Le soleil des pauvres – Chronique du poète Axel Toursky

LE SOLEIL DES PAUVRES

 

Chaque année, aux premières journées torrides, il m’arrive de rencontrer un de ces philanthropes à façon, réduction bourgeoise de l’Amour, et qui salue dans le soleil un bienfaiteur du pauvre. Si misérable que soit l’argument, il n’en révèle pas moins un des plus étranges aspects du cœur humain.

Par leur analogie avec les larmes, le brouillard et la pluie semblent revêtir la misère des oripeaux qui lui conviennent. Quelle différence, à part cette bizarre concession ? L’hiver, on voit les plaies ; l’été, les croûtes. Aux brumes interminables qu’ébranle une toux malheureuse, succède, au dire de mon sage, la vivifiante poussière des boulevards. L’insolation fait oublier le coup de froid. La faim par trente degrés à l’ombre serait une espèce de cuisson de mets que l’on n’a pas. Chaque année je quitte mon homme, un peu plus triste de moi-même, un peu plus honteux de mes frères, et pénétré de cette affreuse vérité que la bonté de cœur n’est bien souvent qu’un égoïsme humide. Dans la pourriture d’une société comme dans la lèpre d’une ville, c’est moins le mal en soi qui déroute que les injustices du ciel. Une fois encore, le vieil Atlas a bon dos. Lire la suite…

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Overdose

OVERDOSE

 

Homo-mediatico

survoltés,

shootés aux images,

accoutumés aux chocs émotionnels,

nous nous laissons piéger
par l’attrait
du frisson de l’instant.

Or, la pulsion
est un stupéfiant
qui meurtrit l’analyse.

– En sniffant l’actualité à chaud
on se brûle la raison –

Loin des raccourcis haineux,
trouvons les mots justes
pour concevoir le monde
au sang froid de nos réflexions.

L’histoire, qu’à la sueur de nos vies
nous façonnons tous et chacun,
ne reste sensée
que si l’on se remet de nos intoxications.

 

Guillaume Riou. Poème écrit en avril 2012.

 

overdose - On vous intoxique« On vous intoxique »
Affiche, 71 x 82 cm – Atelier populaire n°3 [Arts décoratifs]
BnF, Département des Estampes et de la photographie, ENT QB-(1968) /W3892

 

 

Clefs : drogue | addiction | accoutumance | lenteur | médias de masse | écran | télévision | réseaux sociaux | violence de la vitesse
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Le Diable (Ça va) – Chanson de Jacques Brel

Le poète et comédien Patrick Chemin a mis en scène des textes de Jacques Brel, lors de la Revue orale du 12 octobre dernier à la Galerie du Larith à Chambéry. En spectateur, j’ai découvert un texte que je n’avais jamais entendu : « Le diable ».

Le Diable (Ça va)
Le lien entre les mots du poète et l’actualité du monde m’a surpris. Voici la chanson :

Le Diable

 

Un jour, un jour le Diable vint sur terre, un jour le Diable vint sur terre pour surveiller ses intérêts. Il a tout vu le Diable, il a tout entendu. Et après avoir tout vu, après avoir tout entendu, il est retourné chez lui, là-bas.
Et là-bas, on avait fait un grand banquet, à la fin du banquet, il s’est levé le Diable, il a prononcé un discours :

« Ça va
Il y a toujours un peu partout
Des feux illuminant la terre
Ça va
Les hommes s’amusent comme des fous
Aux dangereux jeux de la guerre
Ça va
Les trains déraillent avec fracas
Parce que des gars pleins d’idéal
Mettent des bombes sur les voies
Ça fait des morts originales
Ça fait des morts sans confession
Des confessions sans rémission
Ça va

Rien ne se vend mais tout s’achète
L’honneur et même la sainteté
Ça va
Les États se muent en cachette
En anonymes sociétés
Ça va
Les grands s’arrachent les dollars
Venus du pays des enfants
L’Europe répète l’Avare
Dans un décor de mil neuf cent
Ça fait des morts d’inanition
Et l’inanition des nations
Ça va

Les hommes, ils en ont tant vu
Que leurs yeux sont devenus gris
Ça va
Et l’on ne chante même plus
Dans toutes les rues de Paris
Ça va
On traite les braves de fous
Et les poètes de nigauds
Mais dans les journaux de partout
Tous les salauds ont leur photo
Ça fait mal aux honnêtes gens
Et rire les malhonnêtes gens.
Ça va, ça va, ça va, ça va ! »

 

Jacques Brel. Texte publié en 1955.

 

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Shootés à l’internet – Slam de François Gaillard

En surfant sur Internet, shooté que je suis, j’ai découvert un chanteur de talent : François Gaillard. Avec sa plume aiguisée, il dresse des croquis pertinents de nos mœurs et sociétés.

Voici un slam que j’aime beaucoup et qui, je dois bien l’avouer, me concerne un peu…

Shootés à l'internet

 

SHOOTÉS À L’INTERNET

 

Dis, t’as vu comme on se modernise
On twitte, on tchate, on virtualise
Shootés qu’on est à l’internet,
On n’est pas nets.
On se connecte du matin au soir
On se taquine les avatars
Bien campés derrière nos écrans
On fait semblant.
On fait semblant qu’on est vivants
Tout le temps.
On écrit « plus vite que son ombre »
On réagit, on est du nombre
On clique, on scalpe
On tague, on cause,
On ose des choses.
On dit des choses
Que même tout bas
On n’dirait pas.
On s’lance des fleurs et des invits
On partage ses virtuelles cuites
On se déclare célibataires
On donne sa date d’anniversaire
A toute la Terre.
On aime, on est fan et on se saoule,
On se distribue des points cool,
Des petites médailles virtuelles
De potes modèles.
On grave sans bombe et sans peinture,
Des faux tags sur des faux murs.
On grave sans bombe et sans peinture,
Des faux tags sur des faux murs…
Je t’assure.
On psychologise à deux balles
On se confidence, on se met à poil,
On s’embrasse sur la Facebouche…
C’est louche.
Est-ce qu’il fallait donc qu’on ait besoin
De se faire des virtuels copains
Passer des heures en tête à tête
Avec une connexion internet
Un club rencontre dans une LiveBox
Ça sent la cure de désintox.
Il va falloir un peu qu’on se magne,
Qu’on se soigne.
Moi qui préfère toucher ta peau
Puis t’sentir là contre mon dos
Te dire que j’t’aime
Te le dire en vrai
Avec des p’tits trémolos, là tu sais,
Ceux que j’sais pas écrire en smileys.
Moi qui préfère toucher ta peau
Est-ce que j’tiens un jour sans réseau ?
Sans ma petite piquouse d’rappel ?
Sans aller consulter mes mails ?
Est-ce que j’suis cyberdépendant ?
Ou trafiquant ?
Comment j’vais me défaire de ce tic ?
Est-ce qu’il y a une formule chimique ?
Un anti-cyber dépressclic ?
Magique.

Y’a p’t-être une solution toute prête…
Attends, je vais voir… sur internet.

 

François Gaillard, in Traversée de la Scène à la Rage, Festival de Marne, 10 octobre 2010.

 

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Je, tu, nous – Poème de Daniel Lévy

Je, tu, nous

J’aurais pu gagner

♦ le sweepstake ou le gros lot à la loterie nationale –

Tu aurais pu gagner

♦ la villa-témoin du dernier grand concours pour la protection de la nature, organisé par la Société POGNON & Cie ou un téléviseur multiforme avec écran de rechange incorporé –

Il ou Elle aurait pu gagner

♦ le billet aller-retour du prochain week-end sur la lune ou un autocollant géant représentant le Concorde atterrissant à New York – Lire la suite…

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Haute tension – Lettre électrique de Sylvie Domenjoud

 Voici une lettre-ouverte que j’aime beaucoup de mon amie poète Sylvie Domenjoud, qui nous rappelle qu’il est sain d’exprimer ses colères et indignations :

HAUTE TENSION

Bonjour,

Aujourd’hui, c’est avec une plume rescapée d’outre-temps que je t’écris cette lettre. Elle s’adresse à toi, chef des transformateurs haute tension et à ceux de ta clique qui jouent de leurs interrupteurs, sans tenir compte des résistances de chacun.
Négation de toutes les différences. Grave ! Lire la suite…

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Doléances – Poème de Roger Lecomte

J’ai découvert les textes de Roger Lecomte par le biais d’un ami que l’on a en commun. Il y a dans son écriture un regard intéressant sur le monde actuel, sur ses folies, sur ses désillusions : mais sans réel pessimisme.
Alliant fraîche ironie et liberté de la langue, cet auteur vaut le détour.

 

Doléances

 

Rien ne va plus !
on nous modère nos transports
on nous colonise l’orteil
on nous dévisse l’armure
on nous inonde le bulbe
on nous titille le tilbury
on nous guili-guilite
on nous dore la praline Lire la suite…

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