I’m a lie – Chanson de Charlotte Gainsbourg

I'm a lieCharlotte Gainsbourg – Photographiée par Peter Lindbergh

 

I’M A LIE

 

J’entretiens l’inconfort
À l’allure qui dort
Grâce à lui contractant
Chaque muscle de mon corps
Je tiens encore un peu
Ce cul entre deux sorts
Mon embarras, c’est moi
J’ai les tempes aux abois

À l’appétit frustré
Faussement effarouchée
Mon incommodité
Fidèle intimidée
Plus facile de subir
Je m’installe sans pudeur
Face à mes repentirs
Vieux tracas, tendres peurs

Why do you say
You’re a lie
You’re a lie
Why can’t you say
Who you are
Who you are

Balance mon désarroi
Mes indigestes doutes
Je bois mon embarras
Dans la cuvette des chiottes
Je consume le malaise
Au bord de la syncope
Incertitude cruelle
Faiblesse intellectuelle

À jamais réservée
À toute heure timorée
Mon incommodité
Me dessert et pourtant
Je rêvais bien d’excès
De fantasmes indécents
Sous mon air retenu
Discret et bienséant

Why do you say
You’re a lie
You’re a lie
Why can’t you say
Who you are
Who you are

When do you play
If I may
If I may
Is there a way
To defy
To defy

 

Charlotte Gainsbourg, in l’album Rest, Because Music, 2017
Texte de Charlotte Gainsbourg et musique de SebastiAn.

 

 

 

 

Clefs : Charlotte Lucy Ginsburg | Sébastien Akchoté | mensonge | bourreau de soi-même | engrenage | se livrer | oser | authentique
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Les passantes – Poème d’Antoine Pol chanté par Georges Brassens

Les passantes Place Vendôme, Paris, 1947 – Photographie par Willy Ronis (1910-2009)

 

LES PASSANTES

 

Je veux dédier ce poème
À toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets,
À celles qu’on connaît à peine,
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais.

À celle qu’on voit apparaître
Une seconde à la¹ fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui.

À la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin ;
Qu’on est seul peut-être à comprendre,
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa² main.

[ À la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n’est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

À celles qui sont déjà prises,
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant.

Chères images aperçues,
Espérances d’un jour déçues,
Vous serez dans l’oubli demain ;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin.

Mais si l’on a manqué sa vie,
On songe, avec un peu d’envie,
À tous ces bonheurs entrevus,
Aux cœurs qui doivent vous attendre,
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre4,
Aux yeux qu’on n’a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes les5 belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir.

 

Antoine Pol, in Émotions poétiques, Éditions du Monde nouveau, 1918.
Georges Brassens (1921-1981) trouve un exemplaire de ce recueil aux Puces de Vanves en 1942. Il met ce poème en musique et l’enregistre en octobre 1972.

 

Notes :
¹ Variante de Brassens : sa
² Variante de Brassens : la
³ Strophe supprimée par Brassens
4 Variante de Brassens : inversion des 2 vers
5 Variante de Brassens : ces

 


Vidéo diffusée le 19 novembre 1977 – Archive Ina
Assis dans l’encadrement de la porte d’entrée d’un décor de taverne, Georges Brassens chante « Les Passantes » en s’accompagnant à la guitare. Derrière lui, on aperçoit Pierre Louki.

 

 

 

Clefs : nostalgie | rencontre | croiser du regard | timidité | admiration | éphémère | rêveur | séduction
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500 connards sur la ligne de départ – Chanson de Renaud

500 connards sur la ligne de départ

500 CONNARDS SUR LA LIGNE DE DÉPART

 

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Le rallye mécanique
Des Mad Max de bazar
A r’commencé son cirque
Au soleil de janvier

Vont traverser l’Afrique
Avec le pied dans l’phare
Dégueulasser les pistes
Et revenir bronzés

Ravis de cet obscène
Et pitoyable jeu
Belle aventure humaine
Selon les journaleux

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents couillons dans leurs camions
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Passe la caravane
Et les chiens n’aboient plus
Sous les roues des bécanes
Y’a du sang répandu

C’lui des quelques sauvages
Qui ont voulu traverser
Les rues de leurs villages
Quand vous êtes passés

Comme des petits Rommel
Tout de cuir et d’acier
Crachant vos décibels
Aux enfants décimés

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents guignols dans leurs bagnoles
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

Combien d’années encore
Ces crétins bariolés
F’ront leur terrain de sport
D’un continent entier

Combien d’années enfin
Ces bœufs sponsorisés
Prendront l’sol africain
Pour une cour de récré

Dans leurs joutes odieuses
Les bonbons bien au chaud
Au fond de leurs délicieuses
Combinaisons fluo

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d’enfoirés
Au vent du Ténéré

 

Renaud, in l’album Marchand de cailloux, Virgin Records, 1991
Texte présent dans le livret de l’album.

 


Renaud en direct dans Les Nuls l’Émission, sur Canal+ le 15 février 1992

 

 

Clefs : Afrique | dérive | pollution | Renaud Séchan | sport automobile | satire | écologie | environnement | Sénégal | Rallye Dakar | Rallye Paris-Dakar | course
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À la gueule des noyés – Poème de Patrice Guirao, chanté par Calogero

À la gueule des noyés - épave

À LA GUEULE DES NOYÉS

 

Cravachée de lumière
La mer houle à la mort
Ses clameurs solitaires
Sur les bouées du port

Un enfant joue dehors
Le cœur dans les filets
À défier le sort
En jetant des galets.
En jetant des galets.

Bientôt il sera l’heure
Il quittera l’enfance
Tout en narguant sa peur
Il tentera sa chance

Plus loin que l’horizon
Là où l’ombre s’efface
Il doit couper les ponts
Pour retrouver les traces
Pour retrouver sa trace

Il sait que l’aube est infidèle
Et son destin comme cette houle
Qui ne déploie jamais ses ailes

Il sait que rien n’est plus cruel
Que le silence que la mer roule
Comme une caresse ou un appel
Il sait

Alors il partira
Comme est parti ce frère
Dont il parlait tout bas
Le soir dans ses prières

Personne ici ne pleure
L’absence d’un bateau
Chacun a sa douleur
Qu’il garde bien au chaud.
Qu’il garde bien au chaud.

Il sait que l’aube est infidèle
Et son destin comme cette houle
Qui ne déploie jamais ses ailes

Il sait que rien n’est plus cruel
Que le silence que la mer roule
Comme une caresse ou un appel
Il sait

Le cortège est passé
Il ne l’a pas suivi
Il ne va plus prier
Il sait qu’il a grandi

Alors les dents serrées
Il jette ses galets
À la gueule des noyés
Pour voir la mer pleurer
Pour voir la mer pleurer

Il jette ses galets
À la gueule des noyés
Pour voir la mer pleurer.

 

Patrice Guirao / Poème chanté par Calogero, musique de Calogero et Gioacchino, in l’album Calogero, Mercury, 2002.

 

 

 

Clefs : naufrage | traversée | migrants | tragédie

 

 

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