Eleven A.M. (Onze heures du matin) – Poème de Joyce Carol Oates inspiré d’une peinture d’Edward Hopper

ELEVEN A.M.

 

She’s naked yet wearing shoes.
Wants to think nude. And happy in her body.

Though it’s a fleshy aging body. And her posture
in the chair—leaning forward, arms on knees,
staring out the window—makes her belly bulge,
but what the hell.

What the hell, he isn’t here.

Lived in this damn drab apartment at Third Avenue,
Twenty-third Street, Manhattan, how many
damn years, has to be at least fifteen. Moved to the city
from Hackensack, needing to breathe.

She’d never looked back. Sure they called her selfish,
cruel. What the hell, the use they’d have made of her,
she’d be sucked dry like bone marrow.

First job was file clerk at Trinity Trust. Wasted
three years of her young life waiting
for R.B. to leave his wife and wouldn’t you think
a smart girl like her would know better ?

Second job also file clerk but then she’d been promoted
to Mr. Castle’s secretarial staff at Lyman Typewriters. The
least the old bastard could do for her and she’d
have done a lot better except for fat-face Stella Czechi.
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Les passantes – Poème d’Antoine Pol chanté par Georges Brassens

Les passantes Place Vendôme, Paris, 1947 – Photographie par Willy Ronis (1910-2009)

 

LES PASSANTES

 

Je veux dédier ce poème
À toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets,
À celles qu’on connaît à peine,
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais.

À celle qu’on voit apparaître
Une seconde à la¹ fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui.

À la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin ;
Qu’on est seul peut-être à comprendre,
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa² main.

[ À la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n’est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

À celles qui sont déjà prises,
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant.

Chères images aperçues,
Espérances d’un jour déçues,
Vous serez dans l’oubli demain ;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin.

Mais si l’on a manqué sa vie,
On songe, avec un peu d’envie,
À tous ces bonheurs entrevus,
Aux cœurs qui doivent vous attendre,
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre4,
Aux yeux qu’on n’a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes les5 belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir.

 

Antoine Pol, in Émotions poétiques, Éditions du Monde nouveau, 1918.
Georges Brassens (1921-1981) trouve un exemplaire de ce recueil aux Puces de Vanves en 1942. Il met ce poème en musique et l’enregistre en octobre 1972.

 

Notes :
¹ Variante de Brassens : sa
² Variante de Brassens : la
³ Strophe supprimée par Brassens
4 Variante de Brassens : inversion des 2 vers
5 Variante de Brassens : ces

 


Vidéo diffusée le 19 novembre 1977 – Archive Ina
Assis dans l’encadrement de la porte d’entrée d’un décor de taverne, Georges Brassens chante « Les Passantes » en s’accompagnant à la guitare. Derrière lui, on aperçoit Pierre Louki.

 

 

 

Clefs : nostalgie | rencontre | croiser du regard | timidité | admiration | éphémère | rêveur | séduction
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La poussière du jour – Poème d’Albert Lozeau

La poussière du jour

 

La poussière de l’heure et la cendre du jour
En un brouillard léger flottent au crépuscule.
Un lambeau de soleil au lointain du ciel brûle,
Et l’on voit s’effacer les clochers d’alentour.

La poussière du jour et la cendre de l’heure
Montent, comme au-dessus d’un invisible feu,
Et dans le clair de lune adorablement bleu
Planent au gré du vent dont l’air frais nous effleure. Lire la suite…

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Oslo – Chanson de Blondino

Oslo - Blondino - Tiphaine Lozupone

 

 

OSLO

 

Oslo, y’a l’feu même à l’eau
Ici je brûle de désir, pas comme il faut
Assez fou pour porter seul le flambeau
Oslo, y’a l’feu même à l’eau
Babylone j’ai perdu mon cœur d’artichaut,
Calciné mes veines au chalumeau

Tel un homme de paille je marche épouvanté
Dans les rues embrasées en quête de rosée
Tel un homme de paille je marche sans m’arrêter
Laissant le feu ardent, le feu ardent
Ardemment m’incendier

Tokyo, y’a l’feu tout là haut
Les buildings en flammes se tordent
Ça bout sous les peaux
En point de mire l’Enfer, moi j’vise plus haut

Tel un homme de paille je marche épouvanté
Dans les rues embrasées en quête de rosée.
Tel un homme de paille je marche sans m’arrêter
Laissant le feu ardent, le feu ardent
Ardemment m’incendier

Oslo, le feu même à l’eau
J’ai brulé de désir, pas comme il faut,
Calciné mes veines au chalumeau

Oslo, Oslo, Oslo…

 

Blondino, in Blondino EP, Sony, janvier 2016.

 


Oslo – Clip de Joachim Trier en 2011.
Morceau inspiré par une descente aux enfers dans les paradis artificiels

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Bivouac en hiver – Poème de Erich Fried

J’ai récemment découvert la plume du poète autrichien Erich Fried (1921-1988) au travers du recueil « Cent poèmes sans frontière ».

Je suis sensible à sa poésie. Ses vers mélancoliques et percutants font mouche.
Il nous laisse entrevoir à la fois sa douleur de juif exilé et sa force d’écrivain engagé.

BIVOUAC EN HIVER
(Winterliches Biwak)

 

Nos feux clairs et joyeux
où s’en sont-ils allés ?
Ceux qui se le demandent sont assis frileux
par groupes de deux ou trois
et seul brille le froid
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L’isolement – Poème d’Alphonse de Lamartine

Le vers « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » est gravé dans la mémoire collective. Mais on oublie souvent (moi le premier) de quel poème il est extrait. Il s’agit de « L’isolement » d’Alphonse de Lamartine.

Retiré à Milly, le poète est abattu par la mort de Julie Charles (son « Elvire »), en décembre 1817. Il écrit ce poème mélancolique qui fera partie des 24 publiés en 1820 dans ses premières Méditations poétiques.

portrait d'ElvirePortrait d’Elvire (Julie Charles, née Bouchaud des Hérettes) d’après la miniature d’Elouis – In « Études d’histoire romantique » de Léon Séché Lire la suite…

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The kiss – Chanson de Judee Sill

Je vous invite à écouter et lire cette chanson, qu’on m’a récemment conseillée dans un commentaire de l’article « La saison dé – Texte poétique de Michel Guillou. »

J’ai découvert à cette occasion Judee Sill (1944-1979). Intéressez-vous à sa (trop courte) vie, à son parcours et vous comprendrez d’où provient la fascinante mélancolie qui émane de ses chansons :

The kiss - Judee Sill

 

THE KISS

 

Love, risin’ from the mists
Promise me this and only this
Holy breath touchin’ me
Like a wind song
Sweet communion of a kiss
Sun, siftin’ thru the grey
Enter in, reach me with a ray
Silently swoopin’ down
Just to show me
How to give my heart away

And once a crystal choir
Appeared while I was sleepin’ and called my name
And when they came down nearer
Sayin’, « Dyin’ is done »,
Then a new song was sung
Until somewhere we breathed as one

Stars, burstin’ in the sky
Hear the sad nova’s dyin’ cry
Shimmerin’ memory
Come and hold me
While you show me how to fly

Sun, siftin’ thru the grey
Enter in, reach me with a ray
Silently swoopin’ down
Just to show me
How to give my heart away

And lately sparklin’ hosts
Come fill my dreams descendin’ on firey beams
I’ve seen ’em come clear down
Where our poor bodies lay
Soothe us gently and say,
« Gonna wipe all your tears away »

Love risin’ from the mists
Promise me this and only this
Holy breath touchin’ me
Like a wind song
Sweet communion of a kiss…

 

Judee Sill, in l’album Heart food, 1973

 

 

LE BAISER

 

Amour, s’élevant des brumes,
promets-moi ceci et seulement ceci
Que le souffle sacré me touche
comme un chant du vent,
douce communion d’un baiser

Soleil, flirtant à travers le gris,
entre et atteins-moi d’un rayon
tombant qui s’évanouirait en silence
Juste pour me montrer
comment faire don de mon cœur

Et arriva un chœur cristallin,
apparut pendant mon sommeil pour m’appeler de mon nom
Et lorsqu’il descendit et s’approcha
en disant : « Le temps de mourir est passé »,
un nouveau chant fut alors chanté
jusqu’à ce que quelque part nos souffles s’unissent

Étoiles, éclatant dans le ciel,
entendez le cri de mort de la triste nova,
souvenir chatoyant.
Venez me soutenir
alors que vous m’apprenez à voler

Soleil, filtrant à travers le gris
entre et atteins-moi d’un rayon
tombant qui s’évanouirait en silence
Juste pour me montrer
comment faire don de mon cœur

Et plus tard hôtes étincelants
venez combler mes rêves, descendez sur des rayons ardents
Je les ai vus tomber dans leur clarté
là où gisent nos pauvres corps
Apaisez-nous doucement et dites :
« Nous allons essuyer vos larmes »

Amour, s’élevant des brumes,
promets-moi ceci et seulement ceci
Que le souffle sacré me touche
comme un chant du vent
douce communion d’un baiser

 

Judee Sill, in l’album Heart food, 1973. Tentative de traduction ouverte à toutes corrections… .

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La chanson du mal-aimé – Léo Ferré interprète Guillaume Apollinaire

Léo Ferré compose un oratorio : La Chanson du mal-aimé, sur un texte d’Apollinaire, qui sera créé à l’Opéra de Monte-Carlo le 29 avril 1954 sous sa direction et sous le patronage du prince Rainier III de Monaco.

En 1972, une version de cet oratorio est enregistrée sur disque :

 

La chanson du mal-aimé

À Paul Léautaud

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour, à la semblance
Du beau Phénix, s’il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte Lire la suite…

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À la gueule des noyés – Poème de Patrice Guirao, chanté par Calogero

À la gueule des noyés - épave

À LA GUEULE DES NOYÉS

 

Cravachée de lumière
La mer houle à la mort
Ses clameurs solitaires
Sur les bouées du port

Un enfant joue dehors
Le cœur dans les filets
À défier le sort
En jetant des galets.
En jetant des galets.

Bientôt il sera l’heure
Il quittera l’enfance
Tout en narguant sa peur
Il tentera sa chance

Plus loin que l’horizon
Là où l’ombre s’efface
Il doit couper les ponts
Pour retrouver les traces
Pour retrouver sa trace

Il sait que l’aube est infidèle
Et son destin comme cette houle
Qui ne déploie jamais ses ailes

Il sait que rien n’est plus cruel
Que le silence que la mer roule
Comme une caresse ou un appel
Il sait

Alors il partira
Comme est parti ce frère
Dont il parlait tout bas
Le soir dans ses prières

Personne ici ne pleure
L’absence d’un bateau
Chacun a sa douleur
Qu’il garde bien au chaud.
Qu’il garde bien au chaud.

Il sait que l’aube est infidèle
Et son destin comme cette houle
Qui ne déploie jamais ses ailes

Il sait que rien n’est plus cruel
Que le silence que la mer roule
Comme une caresse ou un appel
Il sait

Le cortège est passé
Il ne l’a pas suivi
Il ne va plus prier
Il sait qu’il a grandi

Alors les dents serrées
Il jette ses galets
À la gueule des noyés
Pour voir la mer pleurer
Pour voir la mer pleurer

Il jette ses galets
À la gueule des noyés
Pour voir la mer pleurer.

 

Patrice Guirao / Poème chanté par Calogero, musique de Calogero et Gioacchino, in l’album Calogero, Mercury, 2002.

 

 

 

Clefs : naufrage | traversée | migrants | tragédie

 

 

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