Eleven A.M. (Onze heures du matin) – Poème de Joyce Carol Oates inspiré d’une peinture d’Edward Hopper

ELEVEN A.M.

 

She’s naked yet wearing shoes.
Wants to think nude. And happy in her body.

Though it’s a fleshy aging body. And her posture
in the chair—leaning forward, arms on knees,
staring out the window—makes her belly bulge,
but what the hell.

What the hell, he isn’t here.

Lived in this damn drab apartment at Third Avenue,
Twenty-third Street, Manhattan, how many
damn years, has to be at least fifteen. Moved to the city
from Hackensack, needing to breathe.

She’d never looked back. Sure they called her selfish,
cruel. What the hell, the use they’d have made of her,
she’d be sucked dry like bone marrow.

First job was file clerk at Trinity Trust. Wasted
three years of her young life waiting
for R.B. to leave his wife and wouldn’t you think
a smart girl like her would know better ?

Second job also file clerk but then she’d been promoted
to Mr. Castle’s secretarial staff at Lyman Typewriters. The
least the old bastard could do for her and she’d
have done a lot better except for fat-face Stella Czechi.
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Ground zero

GROUND ZERO

 

Un titan de poussière anthracite
se lève entre les buildings.
Sueur froide à la nuque du monde.

Sous une rafale de Boeing,
les sœurs jumelles tombent.
Agonie rauque et vrombissante.

Boucles d’images.

Interminables semaines :
le brasier ronge leurs carcasses
de chair et de verre.

Les fumées ceignent le bûcher,
laissant poindre des bras métalliques
figés au cratère de l’horreur.

Fosse commune de pierre et de sang :
gisent les os broyés des tours,
jonchés de cendres.

Boue de papiers

Armatures compressées

Plâtres calcinés

Toiles déchiquetées

Cœurs lacérés

 

Guillaume Riou. Poème publié dans le recueil collectif  Un bout de chemin…, Ed. du Bord du Lot, 2011

 

Firefighters at Ground Zero - 2001Ground zero – Photographie de James Nachtwey – 2001

Coll. du musée d’art Currier, Manchester (NH). Sous le titre « Firefighters at Ground Zero »
Fonds d’acquisition Henry Melville Fuller – 2014

 

 

Clefs : 11 septembre 2001 | attentat terroriste | 9/11 | Manhattan | french poetry | World Trade Center | WTC poem | twin towers
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Batonebo – Chanson d’Odetta Hartman

Batonebo - Odetta Hartman

Par un dimanche après-midi de décembre 2015, tandis que des vagues de nuages déferlent en silence à perte de vue, je roule en direction d’Annecy. Mon attention est alors captée par une voix hors du commun. Ce blues envoûtant qui s’élève semble proche.
Je n’arrive pas à définir tout de suite si France Inter passe, dans l’émission « Very good trip », un vieux vinyle ou un morceau actuel… . Le jeu des instruments mêlé aux arrangements sonores me fait pencher pour la deuxième hypothèse.
Le refrain scande un mot que je ne comprends pas, mais résonne en moi.

Michka Assayas annonce une jeune new-yorkaise prometteuse. Au feu rouge, je m’empresse de griffonner son nom sur un bout de papier mal déchiré : « Odetta Hartman ».

Des jours passent et je remets la main sur ce nom froissé dans la poche de mon jean. Mes recherches sur Internet me mènent vers l’album « 222 » et j’écoute chaque piste jusqu’à retrouver « Batonebo ». Je le passe et le repasse. Mon cerveau est en mode « replay » comme à chaque fois qu’une chanson me procure des frissons.

J’achète l’album en ligne et découvre plus largement l’univers atypique d’Odetta Hartman. « 222 » surprend par son originalité et ses audaces musicales. Au travers des huit titres surgissent des blues-folk aux airs de Far West sauvage, de mystique ancestrale et de fraîcheur apaisante.
Sa voix de rockeuse aérienne est renversante. Alliée aux expérimentations acoustiques dont l’artiste a le secret, elle m’emporte littéralement de l’autre côté d’un miroir.

Je vous invite ici à découvrir le morceau « Batonebo » qui me plaît tant. Odetta Hartman a eu la gentillesse de me communiquer le texte par mail.
Il est inspiré d’une légende populaire Géorgienne. Un « Batonebo » est un esprit, provenant des confins de la mer, qui prenait possession des corps et y générait la maladie.
Les géorgiens associaient les infections telles que la rougeole, la variole ou la coqueluche à ces « Seigneurs » démoniaques (« Batonebi »). Ils imploraient leur clémence en chantant des berceuses (« iavnanas »), dont certaines avaient pouvoir de guérison. Des offrandes de violettes et de roses ornaient la chambre des enfants souffrants tandis que les femmes entonnaient ces chants spirituels traditionnellement réputés pour les calmer et les soulager.

 

BATONEBO

It’s true – I could have done better
But I won’t be bullied to fully take the blame
You came – into my body like a spirit
So I have determined your proper name

Batonebo
Leave me be
I’ll give you roses and violets
If you stop inflicting violence on me

Forgive – my cancerous emotions
Here I offer these devotions to appease
Now please – da tik’bit
Filter out of me
So I can drown out this supernatural scream

Batonebo
Set me free
I’ll sing you iavnana vardo batonebo

Batonebo
Leave me be
I’ll give you roses and violets
If you stop inflicting violence on me

 

Odetta Hartman, in l’album 222, Northern Spy Records, 2015.
© all rights reserved – Odetta Hartman
Texte communiqué par l’auteure en janvier 2016. Visitez son site : https://odettahartman.bandcamp.com/



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