Eating poetry (Manger de la poésie) – Poème de Mark Strand

C’est avec ce poème, trouvé au hasard feuilleté d’un numéro de la revue Europe, que j’ai découvert le poète américain Mark Strand (1934-2014) et son œuvre.

Un poème réunissant la poésie, une bibliothèque et une bibliothécaire ne pouvait que retenir mon attention. Et il s’est avéré, en outre, aussi amusant qu’étrange.

 

EATING POETRY

 

Ink runs from the corners of my mouth.
There is no happiness like mine.
I have been eating poetry.

The librarian does not believe what she sees.
Her eyes are sad
and she walks with her hands in her dress.

The poems are gone.
The light is dim.
The dogs are on the basement stairs and coming up. Lire la suite…

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Les poètes encore – Texte de Jean-Paul Dollé

LES POÈTES ENCORE

 

C’est une affaire entendue : on ne pense pas, on est pensé.
On n’agit pas, on est l’agent d’une structure inventée par l’exacte typologie des rapports de production et des rapports sociaux qui leur correspondent. Chacun sait bien que les idées ne tombent pas du ciel. Tout cela est acte ; un peu maigre.

Comment nous viennent les idées ? Par l’idéologie, cette pourvoyeuse de mauvaises pensées et de lambeaux d’images qui vous rentrent dans la tête et qui sortent de la bouche sous forme de sons, appelés mots. Existent quelques-uns(unes) préposé(e)s qui sécrètent plus intensivement que d’autres ces petits bouts de réalité sonore et langagière qui consolident et détraquent la réalité tout court. C’est pourquoi ces individus sont séduisants et dangereux. On les nomme en général intellectuels. Lire la suite…

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Enivrez-vous – Poème de Charles Baudelaire

ENIVREZ-VOUS

 

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. Lire la suite…

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Thanassis Hatzopoulos et la poésie

Thanassis Hatzopoulos dit de la poésie qu’elle est « la pensée des sensations » et écrit :

 

PASSAGE SECRET

 

Experts en objets anciens. Ils tâtent, ils scrutent, ils flairent l’objet et le temps qu’il porte en lui. Les secrets de fabrication, le sceau de l’époque, le style et l’art. C’est dans le même souci de faire exister que le poète va toucher ce qui paraît dénué d’importance. Le mur qui brusquement lui barre la route. Comme s’il cherchait le mécanisme invisible qui, s’il le touche, même par hasard, ouvre un passage secret, l’entrée d’un escalier obscur menant à un souterrain qui débouche dehors. Ou comme s’il cherchait la ligne qui lors du séisme s’ouvrira en crevasse. Le déplacement des plaques tectoniques, la profondeur de champ et la distance de l’épicentre détermineront le degré d’ouverture. Une traversée, autrement dit, qui comme l’amour va réveiller la vie tandis qu’apparaîtra au sommet du désastre, telle une fleur, le poème. Lire la suite…

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Ayyappa Paniker et la poésie

Qu’est-ce qu’un bon poème ?

 

Est-il possible d’éluder simplement la question en arguant qu’un bon poème, cela n’existe pas ? Quelqu’un peut s’en tenir à cette esquive, si telle est sa ferme conviction. Pourtant la chose est sûre : il y a de bons poèmes, même s’ils ne sont pas jugés tels en fonction d’une conformité présumée avec des conventions qui définiraient ce qu’est un bon poème. On pourrait au contraire soutenir qu’un bon poème défie toute la gamme possible des définitions. Les définitions viennent toujours après ce qu’elles définissent. Qui plus est, elles manquent de précision.
La notion de bon poème relève de l’indéfinissable – comme le poème lui-même. Lire la suite…

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Cesare Pavese et la poésie

Le poète est passé
A travers l’océan fulgurant
De l’atmosphère de pierre et d’acier
De la ville nocturne.

Se brisant en éclats,
Rugissent le long des rues
Les forces inexorables,
Fleuves d’étoiles, gonflés,
Qui follement tourbillonnent.

Le poète traverse
Le vaste ciel nocturne
Et ses gestes sont amples comme ceux d’un lutteur. Lire la suite…

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Raymond Queneau et la poésie

Un poème

Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrême
un poème. Lire la suite…

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Sculpture et poésie sur le Chemin idéal

Attroupés sous un duvet de nuages cléments, les spectateurs prennent place sur les pavés du Chemin idéal. Tranquillement, on se reconnaît, on se dévisage. Chacun s’imprègne des énergies qui émanent du parc.

Les poètes, certains en retard, d’autres distraits, font corps pour la photo.
L’ouvrage qui les rassemble ce soir est pointé du doigt par la balise et la girouette. Il arbore le dialogue des arts.

Fébriles d’excitation et d’inquiétude mêlées, les organisateurs cherchent leurs marques. Sous son chapeau estival, le visage de Léo, porteur du projet, s’anime de détermination. Il s’avance et inaugure le lancement du recueil « Sculpture & poésie ». Les mots sont justes, les remerciements sincères et partagés.

Le violoncelle de Magali Mouterde et le piano de Sylvain Vallet s’unissent ; la voix parfaitement placée du comédien Alain Carré sublime à nos oreilles bées les vers des poètes. Vingt auteurs des Savoie se sont laissés inspirer par les sculptures du Chemin idéal. Leur langage anime les matières,  les interprète. Leur verve caresse, cisèle, burine. L’art nourrit l’art.

Tous profitent de cette parenthèse poétique au creuset opalescent d’une nature apaisante.

La vigueur des applaudissements est à la mesure du plaisir. Puis les éclats tuilés et dorés du vin relient les individus comme autant d’astres dans l’Aire cosmologique.
Discrètes, les heures coulent et fusionnent au fourneau d’un magnifique soleil couchant. Nos regards s’y perdent et notre volonté de poursuivre les festivités s’affirme. Léo invite ceux qui le souhaitent à partager repas et discussions.

Heureux et ressourcé, chacun redescend de l’idéal pour reprendre son chemin.

 

Guillaume Riou. En souvenir de la soirée de lancement du livre « Sculpture & poésie sur le Chemin idéal » en date du 7 juin 2015.

 

Le-chemin-ideal-leo-gantelet

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Lanza Del Vasto et la poésie

UNE DÉFINITION DE LA POÉSIE

Mes passions m’appartiennent, ne regardent que moi, ne doivent troubler que moi. Ce n’est pas pour les exprimer que j’écris, pour les exciter chez les autres ou pour les chérir en moi-même. C’est plutôt pour m’en défaire. C’est afin de les clarifier au filtre de la forme, de les prendre au filet des accords, de les calmer en beauté.

Pour que naisse une œuvre d’art il faut un choc, une émotion, un trouble c’est-à-dire un problème à résoudre, et il faut qu’une forme en résulte c’est-à-dire que le problème se résolve. Quand la forme apporte au trouble une réponse immédiate, pertinente et définitive, l’œuvre est belle. Elle suscitera chez autrui le même trouble et n’en suscitera pas plus qu’elle n’en peut apaiser. Lire la suite…

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