Mohammed Dib et la poésie

Poésie oblige

 

Mais à quoi faire, à quoi dire ? Il est à craindre que le jour où l’on répondrait à cette question, la poésie aurait vécu. Serait-ce un art, un exercice spirituel, une morale ? Quand elle serait tout cela, ce ne serait encore ni ça, ni assez. Elle serait le rêve et sa clef. Elle serait, au contraire du trou noir sidéral qui avale jusqu’à la lumière, un trou blanc qui produirait de la lumière ; ce serait troublant, non ?
Mais il est encore à craindre que, comme on ne percevra jamais le secret du trou noir, il en sera de même pour l’énigme du trou blanc.
La poésie, je l’ai souvent entendu dire par mon ami défunt Guillevic, poète inspiré s’il en fut, s’il en est : « C’est autre chose », en réponse à la question à lui souvent posée. C’est autre chose. Sur l’insistance importune de certains, il complétait par la sentence arabe : « Si ton chant n’est pas plus beau que le silence, tais-toi. » Et lorsqu’un jour il improvisa ce poème laconique comme lui : « Escargot ma non troppo », il ne croyait pas avoir inventé aussi une autre définition de la poésie ; pourtant c’en était une. Lire la suite…

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Cesare Pavese et la poésie

Le poète est passé
A travers l’océan fulgurant
De l’atmosphère de pierre et d’acier
De la ville nocturne.

Se brisant en éclats,
Rugissent le long des rues
Les forces inexorables,
Fleuves d’étoiles, gonflés,
Qui follement tourbillonnent.

Le poète traverse
Le vaste ciel nocturne
Et ses gestes sont amples comme ceux d’un lutteur. Lire la suite…

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Mallarmé, professeur de morale – Texte de Michel Leiris

Mallarmé, professeur de morale

 

On s’en est pris ces temps derniers et fort lourdement à Mallarmé, « champion de la tour d’ivoire », « professeur dont toute la « vie » s’est passée entre les quatre murs d’un lycée et ceux d’une salle à manger-bureau », sans compter le qualificatif de « chancre » et celui d’ « origine de nos maux ».

Il est bien significatif qu’en cette époque d’éhonté galvaudage — où pullulent plus que jamais les plumitifs vendus, où tant de nos grands hommes (dont les vies données pour exemplaires servaient jadis d’illustrations pour les livres de morale) sont regardés comme tout juste bons à être les enseignes de l’Etat-Casino quand il met en œuvre l’expédient de la Loterie nationale — il est, certes, dans l’ordre de cette période d’officielle démoralisation que des représentants de la jeunesse en viennent à reprocher à un poète d’avoir été trop « pur » et de n’avoir consenti, sa vie durant, aucune concession au désir de succès non plus qu’au besoin d’argent. Lire la suite…

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André Laude et la poésie

La poésie inadmissible

 

M’emmerdent Lamartine et Saint-John Perse, François Coppée et Paul Claudel, Valéry et André Laude. M’emmerdent les grands trafiqueurs qui filent la rime, le verset, le beau langage vérolé.
M’emmerde LA POÉSIE
Je bénis le ciel d’avoir gangrené la jambe d’Arthur de Charlestown, d’avoir déglingué le piano d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, d’avoir foutu le feu dans les tripes de Gérald Neveu avec qui j’ai vécu quelques folles nuits là-bas à Marsilho. Je bénis le ciel d’avoir jeté Tristan Corbière sur un bateau de papier qui a été échoué par les pirates du cap des Trépassés. Lire la suite…

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Paul Vincensini et la poésie

LE MOT – LA PAGE

 

La Page.  Viens te rouler dans ma neige.
Le Mot.  Cela me gêne. Je n’ai pas de dos.
La Page.  Viens donc te poser sur moi.
Le Mot.  Je n’ai pas de peau, pas de poids.
La Page (qui n’y tient plus).  Perds-toi en moi !
Le Mot (qui ne demande pas mieux, mais qui tient, avant tout, à avoir le dernier mot).  Fondons ensemble comme flocon dans l’eau ! Lire la suite…

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Jean-Luc Despax et la poésie

Valeur d’usage de la poésie

 

Ils disent que le poème n’est pas censé exprimer quoi que ce soit
Dans le grand intestin du monde, les hâbleurs hantent les tréteaux
Joie du tract
On en a parlé à la radio
Les vrais situs s’y sont tués
Refusant de faire de l’avant-garde
L’antichambre de tous les conformismes
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Vita Silente – Poème de Michel Passelergue

Vita Silente

« Il faut découvrir l’œil dans chaque chose. »
Giorgio de Chirico

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Des arcades pour dérober à la nuit, suivant tout son tissu intérieur, l’encre la plus acide. Des ombres démultipliées, des colonnes, des meubles qui se craquellent, des temples de hasard : tout pour mieux vivre à la lumière, sans mémoire. D’une lumière à toucher, à émietter à midi, trempé dans son silence. Le temps, sève en plein sommeil, emporte avec lui nos dernières fumées. Nous survivons. La terre a vomi galets, décombres, âpres fruits mortels ; un voilier a surgi de la toile : c’est l’énigme brûlante. Lire la suite…

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Adrian Miatlev et la poésie

Il y a trois sortes d’individus parmi ceux que l’on nomme les poètes. Ceux qui se voudraient des poètes et qui multiplient leurs écrits et payent bon prix leurs publications. Il y a les simples, les beaux simples, des gens qui, même, ne sont pas du tout stupides en d’autres domaines, par exemple le commerce, l’agriculture, la littérature ou l’industrie. Puis enfin il y a les vrais poètes.

Comment définir ceux-ci ? Lire la suite…

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