À la gueule des noyés – Poème de Patrice Guirao, chanté par Calogero

À la gueule des noyés - épave

À LA GUEULE DES NOYÉS

 

Cravachée de lumière
La mer houle à la mort
Ses clameurs solitaires
Sur les bouées du port

Un enfant joue dehors
Le cœur dans les filets
À défier le sort
En jetant des galets.
En jetant des galets.

Bientôt il sera l’heure
Il quittera l’enfance
Tout en narguant sa peur
Il tentera sa chance

Plus loin que l’horizon
Là où l’ombre s’efface
Il doit couper les ponts
Pour retrouver les traces
Pour retrouver sa trace

Il sait que l’aube est infidèle
Et son destin comme cette houle
Qui ne déploie jamais ses ailes

Il sait que rien n’est plus cruel
Que le silence que la mer roule
Comme une caresse ou un appel
Il sait

Alors il partira
Comme est parti ce frère
Dont il parlait tout bas
Le soir dans ses prières

Personne ici ne pleure
L’absence d’un bateau
Chacun a sa douleur
Qu’il garde bien au chaud.
Qu’il garde bien au chaud.

Il sait que l’aube est infidèle
Et son destin comme cette houle
Qui ne déploie jamais ses ailes

Il sait que rien n’est plus cruel
Que le silence que la mer roule
Comme une caresse ou un appel
Il sait

Le cortège est passé
Il ne l’a pas suivi
Il ne va plus prier
Il sait qu’il a grandi

Alors les dents serrées
Il jette ses galets
À la gueule des noyés
Pour voir la mer pleurer
Pour voir la mer pleurer

Il jette ses galets
À la gueule des noyés
Pour voir la mer pleurer.

 

Patrice Guirao / Poème chanté par Calogero, musique de Calogero et Gioacchino, in l’album Calogero, Mercury, 2002.

 

 

 

Clefs : naufrage | traversée | migrants | tragédie

 

 

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Un Commentaire

  1. Juste merci pour la découverte du poète et de la chanson !

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