Terres d’ocre – Poème de Marcel Maillet

Ce poème, lorsque je l’ai entendu la première fois au récital du Printemps de poètes de la Roche-sur-Foron (74), m’a dessiné à la craie mentale un carnet de voyages aux flamboyants paysages :

Terres d’ocre

Elles disent les maturations
            les cycles et les heures
Elles disent l’invisible
L’ocre convient aux dieux 

Les derniers rais d’un soleil qui décline
             attisent la braise du mélèze
Ocres de l’automne
Flamboiement aux frondaisons de septembre finissant
Labours en robe de bure
            qu’encense un vol fuligineux de passereaux
J’aimerais mon âme en un jardin d’automne
Senteurs de tourbe de fougères
Rouissent les châtaigniers
et si le cor prolonge sa longue antienne vespérale
que lui fassent répons le brame profond du cerf

            Ocres                        Cuivres
Cuivres de l’orient               Désert d’orient
            Dunes brunes                            Lèvres afghanes
Ciels fauves         à la crinière de lion
S’exhalent  des arômes cannelle
                         des épices musquées
Cuirs des harnais        Rumeurs de caravanes 

                        Cuivre
couverte de cuivre sur l’émail des lacs
cuivre sans éclat
            quand la lune fomente la neige
Folle chevelure de lune
                        Névrose de la lune
à la morte saison des bruyères gelées
quand hurle l’hiver brûleur de loups 

L’ocre convient aux dieux                                  

Il y a toute cette chamoiserie
                        de reflets roux à l’ados de la vague :
ambres et feuilles mortes
            robe de daine        corsage de bouvreuil
fuite d’un écureuil          éclat dans l’épicéa
 

Il y a des abeilles nimbées d’une lumière de miel
à l’odeur brune  -  ivre un peu  - de réglisse
                         de malt et de muscat 

                          Il y a les sables
couchés comme en lit de roses
que le crépuscule aurait lissé
            J’aime ces sables de Loire
ces javeaux passés par le tamis des soleils couchants
 
Méditent dans le soir des violoncelles 

Et puis faites lointaine souvenance
Rappelez-vous le poitrail de l’auroch
                        au flanc de la caverne
avec ce          bison que le dessin enfante dans l’orbe du solstice
vêtu d’ours
le chaman dansait les flammes rauques du feu 

De rouge et de noir
                        d’ombre et de lumière
l’ocre convient au dieu 

mais la Sibylle de Cumes interroge la rose
et septembre déjà rabote les feux du jour
Fragiles d’incertitude
                        les villages de la nuit campagnarde
veilleront 

                        tapis dans la fourrure
de leurs rousseurs blafardes

 

Marcel Maillet

 

Terres d'ocre

 

 

 

Clefs : couleur | feu | matière
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