Life story – Poème de Tennessee Williams

Life story est un poème étonnant de Tennessee Williams. Étonnant au regard du décès de ce dramaturge : en février 1983, en effet, l’écrivain est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel à New York. Officiellement, il s’est étranglé avec le bouchon d’un flacon de médicaments.

Voici le texte, suivi de sa traduction par Renaud de Jouvenel :

LIFE STORY

 

After you’ve been to bed together for the first time,
without the advantage or disadvantage of any prior acquaintance,
the other party very often says to you,
Tell me about yourself, I want to know all about you,
what’s your story ? And you think maybe they really and truly do
sincerely want to know your life story, and so you light up
a cigarette and begin to tell it to them, the two of you
lying together in completely relaxed positions
like a pair of rag dolls a bored child dropped on a bed.

You tell them your story, or as much of your story
as time or a fair degree of prudence allows, and they say,
Oh, oh, oh, oh, oh,
each time a little more faintly, until the oh
is just an audible breath, and then of course
there’s some interruption. Slow room service comes up
with a bowl of melting ice cubes, or one of you rises to pee
and gaze at himself with the mild astonishment in the bathroom mirror.
And then, the first thing you know, before you’ve had time
to pick up where you left off with your enthralling life story,
they’re telling you their life story, exactly as they’d intended to all along,
and you’re saying, oh, oh, oh, oh, oh,
each time a little more faintly, the vowel at last becoming
no more than an audible sigh,
as the elevator, halfway down the corridor and a turn to the left,
draws one last, long, deep breath of exhaustion
and stops breathing forever. Then ?

Well, one of you falls asleep
and the other one does likewise with a lighted cigarette in his mouth,
and that’s how people burn to death in hotel rooms.

 

Tennessee Williams, in Dans l’hiver des villes – poèmes, The jockeys at Hialeah, Ed. Pierre Seghers, 1964.

Life story - Tennessee Williams

 

HISTOIRE D’UNE VIE

 

Après que vous ayez couché ensemble pour la première fois
sans l’avantage ou le désavantage de toute connaissance antérieure,
l’autre vous dit très souvent,
Parlez-moi de vous-même, je veux tout savoir de vous,
quelle est votre histoire ? Et vous pensez que, peut-être, ils veulent réellement et vraiment
connaître sincèrement l’histoire de votre vie, aussi allumez vous
une cigarette et commencez-vous à la leur raconter,
tous deux étendus ensemble dans une position de détente complète,
tels une paire de poupées de chiffon qu’un enfant ennuyé a laissé tomber sur le lit.

Vous lui racontez votre histoire, ou autant de votre histoire
que l’heure ou un degré raisonnable de prudence le permettent, et ils disent
Oh, oh, oh, oh, oh
chaque fois un peu plus faiblement, jusqu’à ce que le oh
soit juste un souffle audible, et alors naturellement
il y a quelque interruption. Un lent valet de chambre monte
avec un bol de cubes de glace fondant, ou l’un de vous se lève pour pisser
et se regarder avec un étonnement moyen dans le miroir de la salle de bains.
Et alors, la première chose qui se passe avant que vous ayez eu le temps
de reprendre où vous l’aviez interrompue l’envoûtante histoire de votre vie,
ils vous racontent l’histoire de leur vie exactement comme ils en avaient toujours eu l’intention,
et vous voilà disant, oh, oh, oh, oh, oh,
chaque fois un peu plus faiblement, la voyelle ne devenant finalement
guère plus qu’un soupir audible,
tandis que l’ascenseur au milieu du couloir en tournant à gauche,
lâche un dernier long souffle profond d’épuisement
et s’arrête à jamais de respirer. Alors ?

Eh bien, l’un de vous s’endort
et l’autre fait de même avec une cigarette allumée à la bouche
et c’est ainsi que des gens se brûlent à mort dans des chambres d’hôtel.

 

Tennessee Williams, in Dans l’hiver des villes – poèmes, Les jockeys à Hialeah, Ed. Pierre Seghers, 1964.
Traduction par Renaud de Jouvenel.

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Un Commentaire

  1. Bonjour,

    Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

    Description : Mon Blog (fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

    La Page No-9 : VIRTUEL !

    THÉORÈME PUISSANCES VIRTUELLES.

    JÉSUS ET LA SAMARITAINE ?

    Cordialement

    Clovis Simard

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