Shootés à l’internet – Slam de François Gaillard

En surfant sur Internet, shooté que je suis, j’ai découvert un chanteur de talent : François Gaillard. Avec sa plume aiguisée, il dresse des croquis pertinents de nos mœurs et sociétés.

Voici un slam que j’aime beaucoup et qui, je dois bien l’avouer, me concerne un peu…

Shootés à l'internet

 

SHOOTÉS À L’INTERNET

 

Dis, t’as vu comme on se modernise
On twitte, on tchate, on virtualise
Shootés qu’on est à l’internet,
On n’est pas nets.
On se connecte du matin au soir
On se taquine les avatars
Bien campés derrière nos écrans
On fait semblant.
On fait semblant qu’on est vivants
Tout le temps.
On écrit « plus vite que son ombre »
On réagit, on est du nombre
On clique, on scalpe
On tague, on cause,
On ose des choses.
On dit des choses
Que même tout bas
On n’dirait pas.
On s’lance des fleurs et des invits
On partage ses virtuelles cuites
On se déclare célibataires
On donne sa date d’anniversaire
A toute la Terre.
On aime, on est fan et on se saoule,
On se distribue des points cool,
Des petites médailles virtuelles
De potes modèles.
On grave sans bombe et sans peinture,
Des faux tags sur des faux murs.
On grave sans bombe et sans peinture,
Des faux tags sur des faux murs…
Je t’assure.
On psychologise à deux balles
On se confidence, on se met à poil,
On s’embrasse sur la Facebouche…
C’est louche.
Est-ce qu’il fallait donc qu’on ait besoin
De se faire des virtuels copains
Passer des heures en tête à tête
Avec une connexion internet
Un club rencontre dans une LiveBox
Ça sent la cure de désintox.
Il va falloir un peu qu’on se magne,
Qu’on se soigne.
Moi qui préfère toucher ta peau
Puis t’sentir là contre mon dos
Te dire que j’t’aime
Te le dire en vrai
Avec des p’tits trémolos, là tu sais,
Ceux que j’sais pas écrire en smileys.
Moi qui préfère toucher ta peau
Est-ce que j’tiens un jour sans réseau ?
Sans ma petite piquouse d’rappel ?
Sans aller consulter mes mails ?
Est-ce que j’suis cyberdépendant ?
Ou trafiquant ?
Comment j’vais me défaire de ce tic ?
Est-ce qu’il y a une formule chimique ?
Un anti-cyber dépressclic ?
Magique.

Y’a p’t-être une solution toute prête…
Attends, je vais voir… sur internet.

 

François Gaillard, in Traversée de la Scène à la Rage, Festival de Marne, 10 octobre 2010.

 


Clefs : addiction | drogue | techno dépendance | web | dérive | satire | réseaux sociaux

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