Neruda, la mer… et le temps qui passe – Poèmes

Voici deux poèmes de Pablo Neruda que j’apprécie particulièrement :

 

Il semble qu’un navire autre que tous les autres
Devra, l’heure venue, se montrer sur la mer
Il n’est pas en acier. Ses pavillons
Ne sont pas orangés :
Nul ne sait d’où il vient
Ni à quelle heure on le verra :
Mais tout est prêt
Et il n’est de plus beau salon dressé
Pour ce fugace événement.
L’écume est déployée
Comme un luxueux tapis
Tout d’étoiles tissé,
Et plus loin c’est le bleu,
Le vert, le mouvement ultra-marin,
L’attente générale.
Et les rochers, ouverts,
Lavés, nets, éternels,
Ont été disposés
Sur le sable comme un cordon
De châteaux, un cordon de tours.
Tout
est prêt,
On a invité le silence,
Et les hommes eux-mêmes, toujours distraits,
Espèrent bien ne point perdre cette présence :
Ils se sont habillés comme pour un dimanche,
Ils ont fait briller leurs souliers,
Ils ont passé le peigne en leurs cheveux.
Ils ont vieilli, ils ont vieilli,
Et le bateau n’arrive toujours pas.

 

Pablo Neruda, « La mer et les cloches » in La rose détachée et autres poèmes (traduit de l’espagnol par Claude Couffon), Ed. Gallimard, 1979.

 

mer vagues

 

PIC SAUVAGE

 

Il est un pic sauvage
Ici, sur le rivage ;
Le vent en sa furie,
Le sel et la colère,
Depuis toujours, hier
Et maintenant, et chaque siècle
L’ont attaqué :
Il a des rides,
Des antres, des crevasses,
Des profils, des gradins,
Des joues de granit,
Et la mer sur le roc éclate,
Elle y brise, amoureuse,
Son baiser pervers, ses
Éclairs d’écume,
Son éclat de lune rageuse.
C’est un pic gris,
Couleur d’âge, austère, infini,
Lassé, puissant.

 

Pablo Neruda, « Défauts choisis », in La rose détachée et autres poèmes (traduit de l’espagnol par Claude Couffon), Ed. Gallimard, 1979.

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