La très chère était là… – Poème de jeunesse de Blaise Cendrars

« Asperges me, Domine, hyssopo… »
Ps. L.

La très chère était là, étendue et sans voile,
Tout son passé défait ainsi que ses cheveux.
Un parfum inconnu effarouchait ses yeux ;
Et ses deux mains pourtant n’osaient s’étendre vers moi.
Tout son corps étendu s’offrait, s’ouvrait à moi,
En la molle eurythmie d’un sourd accord mineur
Ensanglanté d’amour par la pourpre de ses lèvres ;
Et mes deux mains pourtant n’osaient s’étendre vers elle.
Mes mains pâles d’amant n’osaient s’étendre vers elle,
Et cueillir sans effroi le sombre pavot d’amour
Piqué en son passé, ainsi qu’en ses cheveux…
– La très chère était là, étendue et sans voile.

 

Blaise Cendrars (1887-1961), in extrait de « Séquences » dans Les hommes nouveaux, revue libre, octobre 1912.

 

La très chère était làBois gravé de Maurice Nalewo – In Les hommes nouveaux, revue libre, octobre 1912.

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