Tibet secret – Poème de Woeser (ཚེ་རིང་འོད་ཟེར་)

Face à ce qui se passe actuellement au Tibet, je voudrais rendre hommage à une femme tibétaine, poétesse exceptionnelle. Née en 1966, Tsering Woeser (ཚེ་རིང་འོད་ཟེར་) est éduquée sous l’égide du Parti chinois où son excellence fut très tôt détectée et louée.

En 2003 elle publie, en chinois, une compilation de 38 nouvelles, « Notes on Tibet », chez un éditeur indépendant du Guangzhou, qui lui valent d’être aussitôt dépossédée de tous les honneurs dont on l’avait comblée (salaire, logement…).

Chassée de son « Unité de travail » et forcée à un exil à… Pékin ; C’est de là qu’elle envoie, aux occidentaux que nous sommes, un long et bouleversant poème, Secret Tibet, écrit en chinois et désormais traduit en anglais, puis en français !

Tibet secret

Le courage de cette femme menacée et la juste cause qu’elle défend m’incitent à mettre en ligne ci-après son poème (suivi de la traduction anglaise) :

Tibet secret

 

Dédié à Tenzin Delek Rinpoche, Bangri Rinpoche (Jigme Tenzin Nyima) et Lobsang Tenzin [1] qui sont emprisonnés.

I

Quand j’y pense, qu’ont-ils à voir avec moi ?
Palden Gyatso [2], emprisonné durant 33 ans ;
Ngawang Sangdrol, enfermée depuis qu’elle avait 12 ans ;
Et puis la tout juste libérée Phuntsok Nyidrol ;
Et Lobsang Tenzin, emprisonné quelque part.
Je ne les connais pas, je vous assure, je n’ai même pas vu leurs photos.

J’ai seulement vu sur le web, devant un vieux lama,
Des fers, des couteaux affilés, des aiguillons pour le bétail aux multiples usages. [3]
Une peau flasque, des joues décharnées, des rides profondes,
Un charme que l’on reconnaît, remontant à sa jeunesse,
Une beauté qui n’appartient pas à ce monde.
Devenu moine à un âge précoce,
Son visage rayonne de l’esprit du Bouddha.

Octobre, à l’extérieur de Pékin, le vent frais de l’automne, un monde changé.
J’étais en train de lire la biographie que j’avais téléchargée à Lhassa,
Regardant du dehors les êtres sensibles du Pays des Neiges écrasés
Par des sabots de fer. Palden Gyatso, d’une voix douce :
« J’ai passé la plus grande partie de ma vie dans des prisons
Construites par les Chinois dans mon propre pays « .
Et à travers la voix d’un autre,
On peut « reconnaître les mots du pardon ».

De temps en temps, le démon masqué révèle son vrai visage,
Effrayant même les anciennes divinités.
Malgré tout, les défis ont enhardi les Existences ordinaires,
Qui changent les prières dans les nuits profondes en cris sous le soleil,
Qui transforment les plaintes derrière les hauts murs en chants qui se propagent au loin.
Ils sont arrêtés ! Peines aggravées ! Condamnations à mort !
Exécutions reportées ! Révolvérisés !

Je reste habituellement silencieuse parce que je n’en sais pas grand chose.
Étant née et ayant grandi au son du clairon de l’A.P.L. [4],
Je suis une héritière convenable du communisme.
Œuf sous le Drapeau rouge, qui soudainement se fend et qui s’ouvre.
À l’approche de l’age mûr, la colère refoulée est sur le point de s’échapper de ma gorge.
Je ne peux arrêter mes larmes face à la souffrance de Tibétains plus jeunes que moi.

 

II

Pourtant je connais deux affaires sérieuses de prisonniers encore dans leurs geôles.
Tous deux des tülku et des Khampas de l’Est.
Jigme Tenzin et Angang Tashi, ou Bangri et Tenzin Delek.
Ce sont les noms reçus à leur naissance et leurs noms dans le Dharma.
Comme lorsqu’on se rappelle le mot de passe oublié, ces noms
Ouvrent les grandes portes d’une mémoire récente naguère étroitement gardée.

Mais si, au tout début, dans un bureau de poste à Lhasa, il m’avait demandé
De lui écrire un télégramme, disant avec un sourire :
« Je ne sais pas comment écrire les mots en chinois ».
Il a dû être le premier tülku parmi mes nombreux amis.
Une année, à l’époque du Nouvel An, nous étions allés chez un photographe
Sur le Barkhor. Devant une toile de fond minable, nous avions été pris en photo ensemble.
Je l’avais également amené à la chaîne musicale de Zhu Zheqin pour qu’il exécute d’élégantes mudrâ.

Une femme de l’Ü-Tsang portant des lunettes est devenue sa compagne.
Ils ont ouvert un orphelinat pour cinquante gosses qui mendiaient dans les rues.
J’en ai parrainé un, mais un incident a bientôt interrompu ma modeste compassion.
Pourquoi furent-ils arrêtés ? Je ne sais pas.
On a dit qu’il était arrivé quelque chose un matin,
Quelque chose comme hisser le drapeau au Lion des Neiges au pied du Potala.
J’admets ne pas avoir cherché à en savoir davantage.
Et de ne pas avoir ressenti le besoin d’aller le voir dans sa prison.

Mais si, il y a plusieurs années de cela, il observait le roulement d’une pomme
Dans le puissant courant du Yarlung Tsangpo.
« Regardez, le résultat karmique arrive ».
Moi, qui avais été attirée par sa réputation, je n’ai pas su comment réagir à sa douleur.
Il était bien connu en cette ère de volte-face et de silence,
Enseignant le Dharma de village en village,
Affrontant le gouvernement sur le terrain de sa politique hypocrite.

Les paysans, les nomades et les orphelins
Qu’il élevait l’appellent Grand Lama.
Il était aussi une épine dans les yeux des officiels,
Et une écharde dans leur chair ; la retirer, le seul calmant.

Avec un tas de subterfuges, ils l’ont finalement piégé après le 11-Septembre.
Un magnifique moyen de l’accuser, au nom de « l’antiterrorisme ».
En punir un pour en mettre en garde plusieurs. Ils ont dit qu’il cachait des bombes
Et de la pornographie, et même qu’il planifiait cinq ou sept attentats.
Je me rappelle que, six mois avant d’être emprisonné, il était très triste :
« Ma mère est décédée, je vais entreprendre une retraite d’un an pour elle ».
Comment un disciple aussi sincère du Bouddha,
Pourrait être impliqué dans des attentats et des tueries ?

 

III

J’ai aussi connu Yo[nt]en Lama qui m’a enseigné les sûtra
Pour Prendre Refuge et la méditation. Au monastère de Sera,
Ses étudiants pleuraient et ils me dirent que, alors qu’il méditait,
Des voitures de police soudainement l’avaient emmené à l’abominable prison de Gutsa,
Pour son implication dans telle ou telle tentative de renverser le gouvernement.
Avec quelques moines, je fonçais le voir.
La poussière tourbillonnait sur la route qui n’était pas pavée comme aujourd’hui.
Sous le chaud soleil, nous n’avons vu que les faces glaciales des soldats armés.

Aussi soudainement qu’il avait été arrêté, il a été libéré
Par manque de preuves concrètes. Ayant survécu à cette catastrophe,
Avec une intense émotion, il m’a donné un drôle de rosaire
Fait avec des petits pains, cuits à la vapeur, de la prison,
Des fleurs jaunes brillant des bords de la fenêtre de sa cellule,
Et du sucre en poudre envoyé par sa famille.
Chaque grain portait l’empreinte de ses doigts.
La chaleur de son toucher peut encore être perçu sur chacun des grains,
Provenant de la récitation des mantra pendant ces 90 jours singuliers d’humiliation.
Tous ces 108 grains, chacun est aussi dur qu’un caillou obstiné.

Je connais aussi une nonne qui a la moitié de mon âge. Cet été-là,
Alors qu’elle défilait autour du Barkhor [5] criant le slogan
Que tous les Tibétains connaissent, un policier en civil se précipita pour lui couvrir la bouche.
Je faisais les boutiques pour trouver de jolies robes pour mes 28 ans.

Et à 14H, j’étais occupée à réussir l’examen
Pour entrer à l’université l’année suivante à Chengdu.
Une de mes dissertations était consacrée à l’A.P.L. combattant les Vietnamiens.

Sept ans plus tard, après son expulsion du couvent,
Elle faisait des courses pour un gentil négociant. Elle est minuscule
Et porte toujours un horrible bonnet de laine, même sous un soleil ardent.
« Pourquoi ne mettez-vous pas autre chose ? ».
J’ai essayé de lui donner un bonnet en tissu, elle a refusé :
« J’ai mal à la tête, la laine me soulage ».
« Pourquoi ? », je n’avais jamais entendu pareille chose.
« Ils m’ont battue en prison. Mon crâne est abîmé ».

Ou encore Lobten, un professionnel dont chacun enviait le brillant avenir.
Après une folle nuit à boire, il a pris seul un bus pour le monastère de Ganden.
On a dit qu’il avait lancé un lungta dans le col et crié le slogan fatal
Plusieurs fois. Il a été aussitôt arrêté par la police
En poste dans le monastère. Le secrétaire du Parti a décrété :
« Des paroles sincères répandues après s’être enivré ».
Une année plus tard, un ex-prisonnier de plus est devenu un vagabond
Dans les rues de Lhasa.

 

IV

Ayant été aussi loin dans la composition de ce poème,
C’est à contrecœur que je le transforme en accusation.
Mais parmi les prisonniers, pourquoi ceux en robes monastiques
Dépassent toujours en nombre les autres ? Cela contredit le bon sens.
Nous connaissons tous la ligne qui sépare la violence de la non-violence.
Nous sommes bien la progéniture de la sainte ogresse – sringmo,
Préférant que ce soient les moines et les nonnes qui souffrent pour nous.
Laissons-les être battus, laissons-les s’asseoir pour qu’ils usent le sol des prisons.
Supportez cela, lamas et anis [6], supportez cela pour nous.

Il n’y a aucun moyen de savoir comment ils ont torturé les corps et les esprits de chacun d’entre eux.
Ces minutes et ces secondes intolérables, ces jours et ces nuits insupportables.
En mentionnant le mot « corps », je ne peux que frissonner.
J’ai tellement peur de la douleur, une claque suffirait pour me briser.
De honte, je compte les jours pour eux, leur condamnation sans fin.
Oh, les cœurs du Tibet battent dans l’enfer de la réalité !

Malgré cela, dans les douces maisons de thé le long du Lingkhor [7],
De vains bavardages volent de table en table.
Malgré cela, dans les jardins où l’on sert du thé le long du Lingkhor
Des cadres à la retraite se distraient en jouant au mah-jong jusqu’au crépuscule.
Malgré cela, dans les petits bars le long du Lingkhor,
Des officiers pansus et ventrus s’enivrent tous les soirs.
Oh, laissez-nous être heureusement passifs ; c’est mieux que de devenir une Amchok.
« Amchok » signifie oreilles et désigne ces informateurs invisibles.
Tel un sobriquet pittoresque. Tel est l’humour lhasséen.

Des trahisons par un clin d’œil et un murmure silencieux,
Plus on trahit, plus grosse est la récompense.
Cela peut faire de vous quelqu’un d’important. Un jour, dans la rue,
Bizarrement, de façon si soudaine, j’ai dû tenir mes oreilles bien fermées,
M’inquiétant de ce qu’elles puissent tomber dans les mains de quelqu’un si je n’étais pas vigilante,
M’inquiétant de ce qu’elles puissent devenir des Amchok s’étirant dans toutes les directions,
Devenant plus fines, tel le nez de Pinocchio qui s’allonge chaque fois qu’il ment.

Combien « d’oreilles » suspectes sont autour de nous ?
Combien sont ceux soupçonnés à tort d’être des Amchok ?
Qui est une Amchok ? Qui n’en n’est pas une ?
Une pièce si absurde, c’est plus destructeur que des obus ou des boulets de canon.
Pensant à tout ceci, avec tristesse et répugnance, j’ai découvert :
Il y a un autre Tibet caché derrière le Tibet où nous vivons.
Cela rend maintenant impossible pour moi d’écrire ce poème avec lyrisme.

 

V

Je reste silencieuse. Je m’étais depuis longtemps habituée à cela
Pour une unique raison, parce que je suis remplie de peur.
Pourquoi est-ce comme cela ? Qui peut l’expliquer clairement ?
Après tout, tout le monde ressent la même chose, je suppose.
Quelqu’un a dit : « Le sentiment de peur des Tibétains peut être touché ».
Mais, je voudrais dire, la vraie peur a depuis longtemps imprégné l’air, partout.

À l’évocation du passé et du présent, il éclata en sanglots,
M’effrayant. Son visage était couvert avec le châle
De sa robe bordeaux, alors que je ne pouvais pas maîtriser mon rire
Qui masquait la douleur qui avait saisi mon cœur.
Alors que les gens autour de nous me fixaient du regard avec des yeux pleins de reproches,

Il leva la tête de sa robe. Nous avons échangés nos regards.
Le plus léger frisson nous faisait prendre conscience du poids de la peur de l’autre.

Un reporter de Xinhua [8], rejeton de nomades tibétains du Nord,
Sentant l’alcool dont il était imbibé en cette soirée de festival lunaire,
Me réprima avec sa gorge et sa langue de membre du Parti :
« Vous croyez pouvoir comprendre quelque chose ?
Mais qui croyez-vous être ?
Vous croyez pouvoir changer quelque chose ?
Nous changeons tout.
Pourquoi créez-vous des problèmes ? ».
Est-ce que j’enfreignais vraiment une loi ? Je voulais répliquer
Mais je n’ai vu dans son visage que la cruauté d’un chien courant.
Il y a davantage de monde, davantage de troubles graves.
Est-ce qu’ils voudraient tous se faire expulser du jeu ?

Je les entends presque chanter, de leurs voix qui psalmodient doucement :
« Lotus parfumé, qui fane sous les rayons du soleil,
Montagnes du Tibet, dont les neiges fondent sous le soleil brûlant.
Ô ! Roc du Perpétuel Espoir, protège-nous,
Nous la jeunesse qui jure d’apporter l’indépendance ».
Non, non, je n’ai pas cherché à recouvrir la poésie de l’ombre de la politique,
Je m’étonne seulement d’une chose, pourquoi, en prison, les nonnes dans leur adolescence n’ont pas peur ?

Laissez-moi donc écrire, seulement pour me souvenir de mon pitoyable orgueil moral.
Bien sûr, je ne suis pas qualifiée pour comprendre quelque chose, changer quelque chose.
Je ne fais que le reconnaître dans mon for intérieur.
Loin de mon foyer, au milieu de gens d’ailleurs, d’éternels étrangers,
Avec un léger embarras, tranquillement et calmement, je dis :
Quand j’y réfléchis soigneusement, comment peuvent-ils n’avoir aucun lien avec moi ?
Et ce poème ne peut qu’exprimer mon humble respect, ma sollicitude à distance.

 

Tsering Woeser. Poème traduit en français par Thierry Grandeau pour le CSPT (Comité de Soutien au Peuple Tibétain) et publié dans la Lettre du Tibet n° 78, mai 2005

 

[1] Lobsang Tenzin, du monastère de Kirti, près de Ngaba (Aba en chinois), a été arrêté le 28 mars 2008.

[2] Lire Le feu sous la neige, de Palden Gyatso ;
Ed. Actes Sud, sept. 1998, 352 pages. ISBN 978-2742718979

[3] En rapport à un article sur la torture où Palden Gyatso présente les armes qui ont servis à ses geôliers à le torturer.

[4] A.P.L. : Armée Populaire de Libération

[5] Barkhor : rue qui fait le tour du Jokhang, le temple principal de Lhassa. C’est l’une des deux grandes voies de pèlerinage à Lhassa (l’autre étant le Lingkhor) (Voir ci-dessous). Le Barkhor a vu nombre de ses maisons traditionnelles tibétaines détruites ces dernières années.

[6] ani = nonne

[7] Lingkhor : voie de pèlerinage faisant le tour de Lhassa.

[8] Xinhua : le journal Chine Nouvelle, organe officiel du Parti Communiste Chinois
Caricature Tibet

Secret Tibet

 

Dedicated to the imprisoned Tenzin Delek Rinpoche, Bangri Rinpoche and Lobsang Tenzin

 

I

When I think of it, what do they have to do with me ?
Palden Gyatso, imprisoned for thirty-three years ;

Ngawang Sangdrol, locked up since she was twelve ;
Then the newly-freed Phuntsok Nyidron
And Lobsang Tenzin, imprisoned somewhere.
I don’t know them, really, haven’t even seen their photos.

I only saw on the web, in front of an old lama,
Shackles, sharp knives, cattle prods with multiple functions.
Loose skin, bony cheeks, furrowed wrinkles,
A recognizable handsomeness from his youth,
A beauty that doesn’t belong to the mundane.
Becoming a monk early in life,

The Buddha’s spirit glows in his face.

October, outside Beijing, chilly wind of autumn, a changed world.
I was reading the biography I downloaded in Lhasa,
Seeing the sentient beings of the Snowland crushed
By iron hoofs from outside. Palden Gyatso in a quiet voice :

« I spent most of my life in prisons
Built by Chinese in my country ».
And through another voice,
One can « recognize the forgiving words. »

Once in a while, the masked demon reveals its true face,
Frightening even the ancient deities.
Yet, the challenges have emboldened the ordinary birth;
Who turn prayers in the deep nights into cries under the sun,
Who convert whines behind the high walls into songs spread wide.

They are arrested! Punishments increased! Life sentences !
Executions postponed! Shot dead !

I usually keep quiet because I barely know anything.
Having been born and raised under the bugles of the PLA,
I am a suitable inheritor of Communism.

Egg under the red flag, suddenly cracked and broken.
Nearing middle age, belated anger is about to blurt from my throat.
I cannot stop my tears for the suffering Tibetans younger than me.

 

II

Yet, I do know two serious cases of prisoners still in jail,
Both of them tulkus and Khampas from the East.

Jigme Tenzin and Angang Tashi or Bangri, Tenzin Delek ;
These are their names from birth and their dharma names.
As if the forgotten password is recalled, these names
Push open the high gates of recent memory once closely guarded.

Yes, initially in a post office in Lhasa he asked me
To write a telegram, saying with a smile :
« I don’t know how to write the words of Chinese. »
He must be the first tulku among my many friends.
One year on New Year’s Day we went to a photo studio

On the Barkhor; in front of a tacky backdrop we took a photo together.
I also brought him into Zhu Zheqin’s MTV to perform the elegant mudras.

A bespectacled U-Tsang woman became his partner.
They started an orphanage for fifty kids begging in the street.

I sponsored one, but an incident soon suspended my limited compassion.
Why were they arrested? I don’t know.
It’s said that one morning something happened,
Something about raising the Snow Lion flag at the Potala Ground.
I admit I neither wanted to know too much
Nor had any urge to visit him in the prison.

Yes, several years ago he stared at an apple rolling
In strong currents of the Yarlung Tsangpo :
« Look, the karmic result is coming. »
I, drawn by his fame, didn’t know how to react to his pain.
He is well known in this era of shifting sides and silence ;

Teaching dharma from village to village,
Confronting the government on its false policy.
The peasants, nomads, and orphans
He has raised call him Big Lama.
He is also a thorn in officials’ eyes
And needle in the flesh; removal, the only relief.

With a pack of tricks, they finally trapped him after 9/11.
Magnificent way to accuse him, in the name of « anti-terrorism, »
Punishing one to warn many. They said he hid bombs
And pornography, as well as planning five or seven bombings.
I remember, half a year before he was locked up, he was very sad :

« My mother passed away, I am going into a one-year retreat for her. »
Such a sincere follower of the Buddha,
How could he be involved in bombing and killing ?

 

III

I also knew Yoen Lama who taught me the sutras
For taking refuge and meditation. In Sera Monastery,

His students were crying and said to me that when he was meditating,
Police cars suddenly took him away to the infamous Gutsa prison
For his involvement in this or that attempt to overturn the government.
With a few monks, I rushed to see him ;
The road was swirling dust without today’s paving.
Under the hot sun, we saw only the icy faces of the armed soldiers.

As suddenly as he was arrested, so he was released
For lack of real evidence. Having survived the catastrophe,
With heavy emotion he gave me a strange rosary
Made from steamed prison buns,
Bright yellow flowers outside his cell window,

And crystal sugar his family sent.
Every bead is ingrained with fingerprints;
The warmth of his touch can still be felt on each of the beads
From reciting the mantras for those ninety odd days of humiliation.
All 108 beads, each one is hard like stubborn pebbles.

I also know a nun only half my age. That summer;
While she marched around the Barkhor shouting the slogan
Known to every Tibetan, plainclothes policeman rushing to cover her mouth,
I was shopping for pretty dresses for my 28th birthday.
And at fourteen, I was busy passing exams
To go to high school the next year in Chengdu.

One of my essays was dedicated to the PLA fighting Vietnamese.

Seven years later, after expulsion from her nunnery,
She runs errands for a kind merchant. She is tiny
And always wears an ugly woollen hat, even under the strong sun.
« Why not put on something else ?”

I intended to give her a fabric hat. She refused :
« I have a headache, the woollen hat makes me feel better. »
« Why?” I never heard such a thing.
« They beat me in jail. My skull was damaged.”

As for Lobten, a professional with a bright future everyone envied,

After a crazy night of drinking, he alone got on a bus to Ganden Monastery.
It’s said he threw lungta on the pass and shouted that fatal slogan
Several times. He was immediately arrested by police
Stationed in the monastery. The Party Secretary decreed :
« True words spill out after getting drunk. »
One year later, one more ex-prisoner becomes a vagabond

On the streets of Lhasa.

 

IV

Having got so far in composing this poem,
I am unwilling to turn it into an accusation.
But among the imprisoned, why do the ones in monastic robes
Always outnumber the others? This contradicts commonsense.

We all know the line separating violence and non-violence.
We are indeed the offspring of the holy Ogress – Sringmo,
Preferring to have monks and nuns suffer for us.
Let them be beaten, let their sitting wear out the jail floor.
Endure it, lamas and anis, endure it for us !

There is no way to know how they have tortured one’s body and mind,
Those intolerable minutes and seconds, those unbearable days and nights.
Mentioning the word « body, » I cannot but shiver.
I am so afraid of pain, a slap could leave me shattered.
In shame, I count days for them, their endless sentences.
Oh, the hearts of Tibet are beating in the hell of reality !

Yet, in sweet teahouses along the Lingkhor,
Mindless gossips fly from table to table.
Yet, in the gardens serving tea along the Lingkhor,
Retired cadres revel in playing mahjong until sunset.
Yet, in small bars along the Lingkhor,

Plump pot-bellied officials get drunk every night.
Oh, let’s be happily passive; it is better than becoming an amchok.
« Amchok » means ear and refers to those invisible informers.
Such a graphic nickname. Such Lhasawa humour !

Betrayals by quietly peeping and whispering,

The more one does so, the larger the reward.
It can make one big. Once, in the street,
Strangely, all of a sudden I had to tightly cover my ears,
Worrying they could fall into someone’s hands if I wasn’t alert ;
Worrying they could become amchoks reaching out to everywhere,
Growing sharper, like Pinocchio’s nose getting longer everytime he lies.

How many suspicious « ears » are around ?
How many are wrongly suspected amchoks ?
Who is an amchok? Who is not ?
Such an absurd scene, it’s more destructive than sugarcoats or cannonballs
Thinking of these, sadly and reluctantly I discovered :

There is another Tibet hidden behind the Tibet we live.
This now makes it impossible for me to write this poem lyrically !

 

V

I remain silent. I have long become used to it
For a single reason, because I am full of fear.
Why is it like this? Who can clearly explain ?

After all, everyone feels the same, I understand.
Someone said: “Tibetans’ fear can be felt through touch. »
But, I want to say, the real fear has long permeated the air, everywhere.

At a mention of past and present, he burst into tears

Frightening me. His face was covered with the shawl
Of his burgundy robe, while I could not control my laughter
To disguise the pain that had gripped my heart.
While people around glared at me with blame in their eyes,
He lifted his head from the robe. We exchanged eye contact.
The slightest shiver made us aware of the weight of each other’s fear.

A reporter from Xinhua, an offspring of northern Tibetan nomads,
Smelling alcohol-soaked on Moon Festival evening,
Scolded me with his Party throat and tongue:
« You think you can find out something ?
Who you think you are ?

You think you can change anything ?
We change everything.
Why you create problems ?”
Am I really breaking any rule ? I wanted to talk back
But only saw in his face the cruelty of a running dog.
There are more people, more serious unrest.

Would all of them be knocked out of the game ?

I nearly hear them singing in soft chanting voices :
“Fragrant lotus, withering under the sun’s rays ;
Snow mountains of Tibet, being scorched under the burning sun.
O! Rock of Permanent Hope, protect us

The youth swearing to bring independence ! »
No, no, I did not intend to overshadow poetry with politics,
I am only wondering, in prison, why the anis in their teens are fearless.

Thus, let me write, only for remembrance of my pitiful moral pride.

Of course I am not qualified to find out anything, change anything.
I am only admitting to my innermost feelings.
Far away from home, amidst foreigners, eternal strangers,
With slight embarrassment, safely and quietly, I say :
When I think carefully, how can they have nothing to do with me ?
And this poem can only express my humble respect, my concern from afar.

 

Tsering Woeser. Poem translated by Susan Chen, Jane Perkins, Buchung.D.Sonam, Tseten Gya, Phuntsok Wangchuk, Sangjey Kyap and Tenzin Tsundue.

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