Ses cheveux… – Poèmes

Passer son visage dans les cheveux d’une femme, inhaler ce bouquet qui rend fou d’ivresse… un ressenti mis en vers depuis des siècles :

Ze chevelure - par Benoît GréantZe chevelure, par Benoît Gréant

Un hémisphère dans une chevelure

 

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

 

Charles Baudelaire, in Le spleen de Paris, 1869.

 

J’ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que comme lorsqu’on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Sur tout, quand j’ai quitté les feux dont tu m’inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !

 

Edmond Rostand, in Cyrano de Bergerac, acte III scène VII. 1897.

 

Ces cheveux, ces liens dont mon cœur tu enlaces,
Menus, primes, subtils, qui coulent aux talons,
Entre noirs, châtains, bruns, déliés et longs,
Tels que Vénus les porte et ses trois belles Grâces,

Me tiennent si étreint, Amour, que tu me passes
Au cœur en les voyant cent pointes d’aiguillons,
Dont le moindre des nœuds pourrait des plus félons
En leur plus grand courroux arrêter les menaces.

 

Pierre de Ronsard, in Sonnets pour Hélène – Second Livre, 1578.

 

Cup of teas - CheveuxCup of tea, par M. Sauvage

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