Haute tension – Lettre électrique de Sylvie Domenjoud

 Voici une lettre-ouverte que j’aime beaucoup de mon amie poète Sylvie Domenjoud, qui nous rappelle qu’il est sain d’exprimer ses colères et indignations :

HAUTE TENSION

Bonjour,

Aujourd’hui, c’est avec une plume rescapée d’outre-temps que je t’écris cette lettre. Elle s’adresse à toi, chef des transformateurs haute tension et à ceux de ta clique qui jouent de leurs interrupteurs, sans tenir compte des résistances de chacun.
Négation de toutes les différences. Grave !

Ta machine est munie d’un compteur efficace, pompe à fric et à pouvoir. Tu écrases ceux qui ne suivent pas ton courant continu. Tes moyens d’actions, basés sur la technologie, et non sur la parole, le partage et l’échange, nous séparent, humains, toujours plus de nous-mêmes.

Je suis de ces êtres qui évoluent avec un cœur, parcouru par un courant alternatif d’électrons libres qui s’agitent, s’attirent et se repoussent dans un vide qui fait la vie et les humains, avec ses mots et pensées qui clignotent et donnent sens au sensible et à l’imprévisible.

Toi, tu fais miroiter, dans tes écrans devenus plats par manque de perspectives entre hier et demain, ce monde d’apparences, de scoop séducteurs, de flashs réducteurs, de potions magiques, de plaisirs instantanés, de couper-coller, de tendresse commerciale. Tu soumets par tes normes, tes lois, tes audimats qui ne sont que du vent. Tu réduis le sujet en objet. Tu l’éparpilles par tes incohérences. Tes évaluations lui dénient toute valeur et emplissent tes caisses enregistreuses. Tu sèmes la peur par tes préventions de tous risques et même celui de vivre et donc de mourir.
Sans empathie, sans respect, sans morale ni culpabilité, tu élimines l’humain, la culture et l’histoire.

Lumière détachée de ton ombre, tu éblouis, puis te transformes en monstre de mépris ou pire, d’indifférence. Tu fais disjoncter des êtres seuls, en dérivation d’attention d’eux-mêmes et les laisses dans l’enfer des ténèbres. Tes éclairages hallucinogènes leur font perdre leurs derniers repères, dans ce vide que tu veux à tout prix combler. Tu les exploites jusqu’à ce que leurs fusibles grillent.

Tu prends ! Tu jettes ! Plus de service après vente. Grave !
Tu ne penses qu’à toi compteur Narcisse qui as électrocuté Œdipe, noyant sa différence dans ton courant continu.
Mais tu ne pourras plus faire porter ton sac à mon ombre !
Déjà des éclairs jaillissent, le tonnerre gronde, la terre tremble et ton paratonnerre ne fait plus le poids. Que tu le veuilles ou non tu entendras le bruit de l’enfer.
Mes résistances accusent le coup. Je peux enfin laisser éclater ma colère.
Responsable, je m’indigne.
Je dénonce cette absence d’autorité : celle qui limite et rend auteur de paroles, de sens et de créativité.
Je te tiens pour coupable de violences par manque d’éthique et de valeurs humaines.

Aujourd’hui, je ne me fais plus souffrir de ton indifférence.
Je retrouve, par le souci de soi, la création et l’amour, une force de vie wattée.
Je retrouve le goût du jeu, de l’humour avec les électrons libres, les condensateurs, et les variateurs d’intensité comme jouent les enfants ou les poètes.
Et par un jeu de lumières, que chacun puisse grandir et offrir ses couleurs pour faire de chaque jour autre chose qu’une nuit.

 

Sylvie Domenjoud, in http://sylvie.domenjoud.free.fr/

 

 

Haute tension

 

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