Figure de proue

FIGURE DE PROUE

 

Tu navigues, jeune fille, à l’astrolabe du désespoir, les cales chargées de stupre et de haine.

Tes gonades-boussoles te mènent de porc en porc. Les narines poudrées de sel, tu triches avec la vie et défies les marées nocturnes… .

Ton pavillon danse, on le voit de loin. Gamine rebelle, flibustière en quête de perdition. Tu te détestes, mais fends les océans de douleur avec brio, toutes voiles dehors, au sein d’une chiourme de complices.

Le vent du nord siffle dans tes gréements, mais tu l’ignores. Tout juste parvient-il à te glacer le cœur au reflet d’un regard.

T’es « Tendance », belle-gosse, l’allure fière passé minuit. La coque bombée pour faire mousser l’écume. Le ventre ouvert aux déferlantes, tu fais ramer les hommes et pleurer leurs femmes.

Retourne-toi au plus profond et vois : tu es ta propre bourrelle !

Où traînes-tu ta cargaison de fiel ?

A force d’ignorer les phares, tu te briseras sur les récifs. Alors les embruns auront le goût du sang et les cormorans en croix porteront la terrible nouvelle.

Peu te pleureront, debout sur la falaise pour deviner ton visage aux mouvements du ressac. Et tu ne laisseras qu’un vague souvenir dans l’esprit des pilleurs qui firent de toi une épave.

 

Guillaume Riou

 

Figure de Proue - poème

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Un Commentaire

  1. Pierres effritées par le temps vorace, inexorable – jusqu’à ce que tout disparaisse. Le reste, n’est que kilomètres sableux, gisements nécrosés, miradors effondrés, poutres tordues, fils d’acier
    perdus au sol. Fils d’Ariane oubliés… ou virtuels.

    Virginie Glaine – le chêne parlant

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