Poèmes d’Adrienne Monnier

affiche du printemps des poetes- couleur femme« Couleur Femme » est cette année le thème du Printemps des poètes. Dans ce cadre, je voudrais mettre en lumière les poèmes d’Adrienne Monnier.

Libraire, éditrice et femme de lettres, Adrienne Monnier fut, avec sa compagne Sylvia Beach également libraire, un véritable mécène pour les écrivains. Elle reçoit dans sa librairie « La maison des amis des livres » (au 7 rue de l’Odéon, à Paris (6e arr.)) des auteurs illustres tels que : Valéry Larbaud, Paul Fort, Paul Valéry, Pascal Pia, Jules Romain, Louis Aragon, Ezra Pound, Charles Vildrac, Georges Duhamel, Ernest Hemingway, Jacques Lacan, Francis Scott Fitzgerald, Léon-Paul Fargue, André Gide, Walter Benjamin, Nathalie Sarraute, André Breton, Jacques Prévert.
C’est à elle que l’on doit, entre-autres, la première traduction française de Ulysse de James Joyce.

Je vous invite à découvrir, par trois de ses poèmes, la plume libre d’une intellectuelle libre.

 

Comme la religieuse ancienne

À Simone Guye

Comme la religieuse ancienne
Qui trouvait en elle sa règle
Et qui, aidée par ses compagnes,
Établissait une maison
Moitié ferme et moitié couvent,
J’ai fait ainsi ma Librairie.
Mais moi, je n’ai pas de Dieu !
Ce nom m’offense, me blesse
Jusqu’au cœur de mes racines,
Il m’ôte le goût de vivre,
Il arrache le bandeau
Qui recouvre cette plaie
Dont rien n’a pu nous guérir.
Quelques-uns de mes frères
Ont un pouvoir sur moi,
Leurs ordres me rassurent,
Je travaille pour eux,
J’oublie alors ma peine,
Je les console aussi.
Le voyageur perdu
C’est moi qui le ramène,
Je me réchauffe au feu
Que j’allume pour lui,
Je mêle à ses prières
Ma voix pleine de nuit.

 

Adrienne Monnier devant sa librairieAdrienne Monnier devant sa librairie parisienne.

 

A Sylvia Beach

Je te salue, ma Sœur née par-delà les mers !
Voici que mon étoile a retrouvé la tienne,
Non pas fondue au feu du soleil primitif,
Mais vive, exacte et neuve en sa grâce étrangère,
Prodigue des trésors amassés en son cours.
Je chantais solitaire, attentive aux promesses
Que notre Mère écrit dans le regard des hommes,
L’éclat des diamants et l’orient des perles.
Je cachais en mon sein, comme un oiseau fragile,
Le bel espoir craintif qui se nourrit des miels.
Je vouais aux pudeurs, linges blancs et croisés,
La naissante pensée qu’on baptise de pleurs.
Je me sauve, à présent, oh ! ma Sœur, par tes soins,
De ces tourments, de ces regrets, de ces faiblesses !
La force me revient, et si j’aime la Nuit,
Si j’interroge encor ses dernières terreurs,
C’est pour mûrir la paix d’un jour définitif.
Déjà, Midi nous voit, l’une en face de l’autre,
Debout devant nos seuils, au niveau de la rue,
Doux fleuve de soleil qui porte sur ses bords
Nos librairies.
Midi lève nos mains, déliées du service,
Pour l’appel des repas, pour le temps des silences,
Et fait étinceler, sous le jeu de leur signe,
La flamme encor cachée au cœur de nos pays.

Sylvia Beach et Adrienne MonnierSylvia Beach et Adrienne Monnier.

Dans le texte qui suit, comprenez la lecture comme le monologue d’un bourru se décrivant à merveille par sa seule expression orale :

LE BOURRU

Bonjour, bonsoir, bonne nuit, merci, excusez, s’il vous plaît… Vermine de Dieu, il y a là de quoi vous dévorer la moitié de la parole. Pourquoi est-ce que je me démangerais dans tous leurs bons ceci et leurs bons cela. Est-ce que je les aime, est-ce que je les crains ? et eux, ont-ils souci de moi ? Ce n’est que du raflafla et ils mériteraient d’avoir la tête où ils ont le cul. Plutôt dire bonjour à mon chien, ça c’est un gars qui ne fait qu’un avec moi. Attendez voir un peu que je vous enfonce mes dents dans les mollets, que je pisse contre vos portes, et que je vous aboie la nature de mon naturel.

Sacrrre nom de nom de nom de sacrrre nom. Non.

(1930)

Adrienne Monnier, in Fableaux, Ed. La maison des amis des livres, 1932.

 

Adrienne Monnier - portraitAdrienne Monnier

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Un Commentaire

  1. je suis entrain de vous lire

    merveilleuse poésie

    merci

    poétiquement

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