Les livres – Poème de Robert Piccamiglio

LES LIVRES

 

Les livres racontent
ce qu’ils veulent
parce que jamais personne n’est là
pour venir leur tirer les oreilles
presser leurs couilles
avec un presse-citron.

Les livres quand ils racontent
des histoires d’amour
s’arrangent toujours
pour qu’elles arrivent aux autres
et pas à vous pauvres crétins !
Qui n’arrêtez pas de tourner les pages.

Les livres quand ils se mettent
à faire le ménage
oublient toujours de regarder
sous le tapis
de peur d’y voir un cadavre bien gros
découpé en morceaux pas forcément
égaux.

Il y a tellement de mensonges
et de discipline chez les humains
et dans leurs livres
que Dieu lui-même qui pourtant
en connaît un rayon dans le rayon
mensonge
est épaté et se frotte les mains
qu’Il n’a pas forcément propres
il faut pas croire !

Il y a tellement de cadavres justement
sous le tapis
que les livres eux-mêmes
ont renoncé depuis longtemps
à faire le ménage
et à coller tout ça
dans le vide-ordures.

Dieu lui-même renonce
à lire tous ces livres
de peur sans doute de se faire
Lui aussi tirer les oreilles
ou presser les couilles
avec un presse-citron

Ça explique peut-être pourquoi
je fais moi aussi dans les livres
parce que voyez-vous
le mensonge c’est toujours
beaucoup plus confortable
que la vérité.

Plus confortable même
qu’une grosse voiture noire
à suspensions hydrauliques.

Faut voir !
encore que dans le mensonge
on est au moins sûr d’une chose
c’est que Dieu pour une fois
est de notre côté.

 

Robert Piccamiglio, in Le baiser de la Toussaint, Ed. Jacques Brémond, 1995

 

Les livresOeil – Le Monde / par Berenice Cleeve

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