Des frustrations du langage

Des frustrations du langage

 

Qu’existerait-il sans cette peau du monde qu’est le langage ?

Il est la clé du visible, le code d’entrée en conscience. Mais combien d’éléments (que je nommerai « éléments ») gravitent dans la chair du Tout et n’existent pas tant que nous ne les nommons pas ?
Combien de sentiments renversants, merveilleux, morbides, flottent dans nos inconscients faute d’identité ?

Imaginez l’infinité de perceptions qui nous sont inexprimables, parce qu’on ne les a pas encore vêtues de mots. Ou, pire encore, parce qu’indescriptibles : « Je t’aime ! », « Je te hais ! », « Je crois »… . Mais encore ?
La langue traîne un pesant collier d’épaule : elle enferme l’existant dans les limites des termes qui le qualifient.

Certes, le langage est par essence perfectible et c’est ce qui fait sa force. Le verbe est une liberté, voire une libération. Mais, paradoxalement, il incarcère les éléments du réel dans des définitions, terribles carcans humains.

La poésie, qui pourrait-être l’art de secouer, peser, inventer les mots pour révéler l’invisible et la profondeur du sens, semble incapable de rivaliser avec l’authenticité du regard, du sourire, du cri ou du geste.
Les mots sont-ils donc les pires ennemis de l’écrivain ? Est-il condamné à ramer sur des vagues d’encre pour finalement dériver, à dos de lettres, des origines véritables de sa créativité ?

Après tout, le mot n’est peut-être qu’inexactitude, mais il est le monde (que je nommerai « monde »).

Croyez-bien qu’après cette épaisse boue écrite, je vais me taire. Il ne me reste pour le langage que des sentiments de paliviage et d’otribose ; et surtout mettez-y le sens qui vous convient ! C’est une opportunité bien trop rare…

Guillaume Riou

 


Il y a ne serait-ce que 1001 raisons de se taire… – David Christoffel
(à partir de phrases extraites de l’opéra parlé « Le Fin fond »)

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