Annie Salager et la poésie

Les premiers écrits humains ont enregistré des biens, codifié, signifié la puissance ; mais la poésie des anciens scaldes d’Islande – simple exemple – a chanté l’en-deçà et l’au-delà des mots, le tremblement qui dure à leur racine. Un même feu demeure sous tant de réalités que l’Histoire conjoint, annule et fait finalement se rejoindre. Aussi la vertu du verbe est-elle d’ordre magique.
Cette mémoire désirante du langage, la recherche du vide et du plein intimement liée à toute langue, est la poésie. Une langue réduite à la communication aurait perdu la mémoire sans laquelle il ne peut y avoir de poésie. Poésie, « une hésitation prolongée entre le son et le sens » selon Valéry.

Toute langue bouge, évolue, vit et change. Mais il se trouve, hélas, que notre langue faiblit, s’appauvrit et, pire, tend à… s’avachir dans une autocomplaisance qui confond vulgarité et liberté. Aïe. Le rôle du poète est de résister. Non pas arrêter la langue, évidemment, mais cultiver ce qui fut par elle cultivé, en laisser respirer la lumière, laisser se refléter le vide de l’espace à son eau magique.

 

Annie Salager, in revue Poesie1 n°51, 2007

 

Annie Salager

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