Eating poetry (Manger de la poésie) – Poème de Mark Strand

C’est avec ce poème, trouvé au hasard feuilleté d’un numéro de la revue Europe, que j’ai découvert le poète américain Mark Strand (1934-2014) et son œuvre.

Un poème réunissant la poésie, une bibliothèque et une bibliothécaire ne pouvait que retenir mon attention. Et il s’est avéré, en outre, aussi amusant qu’étrange.

 

EATING POETRY

 

Ink runs from the corners of my mouth.
There is no happiness like mine.
I have been eating poetry.

The librarian does not believe what she sees.
Her eyes are sad
and she walks with her hands in her dress.

The poems are gone.
The light is dim.
The dogs are on the basement stairs and coming up. Lire la suite…

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Jardin d’enfants – Poème de Georges Haldas

Georges Haldas est un des poètes que je lis et relis régulièrement car ses poèmes font évoluer mon regard sur la vie, sur le temps et sur l’autre.
Il fige et sublime l’instant, avec une poésie fine et une philosophie profonde.

JARDIN D’ENFANTS

 

Ici l’enfant regarde
un oiseau bien tranquille
dévorer dans les branches
un ver qui tremble encore
Un papillon s’en va
couvert d’or C’est dimanche
Sur un banc deux vieillards
bouche ouverte somnolent Lire la suite…

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Étranges étrangers – Poème de Jacques Prévert

étranges étrangersMariam’ – Photographie par Alexis Peskine

 

Étranges étrangers

 

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians¹ de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers Lire la suite…

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Soliloque logogriphe d’un géographe enseignant (extrait) – Poème d’Emmanuel von Kirchendorf

Tu appens aux murs de ta classe ces cartes, ces planisphères, ex-votos du monde. Cornac et profès d’universalité, ta leçon est chaque jour accouchement et relevailles. Emplis d’amativité, tes potaches, sous le xyste ou le sycomore, défont et refont avec toi, jour après jour, le coir humain qui enveloppe la terre. Humble plante saxatile, ta géographie se fraie une voie subtile à travers scléroses et cañons de la turpitude, pour témoigner de ce qui est, de ce qui vient. Lire la suite…

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La poussière du jour – Poème d’Albert Lozeau

La poussière du jour

 

La poussière de l’heure et la cendre du jour
En un brouillard léger flottent au crépuscule.
Un lambeau de soleil au lointain du ciel brûle,
Et l’on voit s’effacer les clochers d’alentour.

La poussière du jour et la cendre de l’heure
Montent, comme au-dessus d’un invisible feu,
Et dans le clair de lune adorablement bleu
Planent au gré du vent dont l’air frais nous effleure. Lire la suite…

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Palmyre – Vue par Paule Henry-Bordeaux en 1922

Extrait de « Sur la route de Palmyre » (livre édité en 1923), ce récit de Paule Henry-Bordeaux, voyageant alors dans une Syrie sous mandat français, est l’un des témoignages qui nous permet de garder des traces de ce patrimoine de l’humanité détruit au fil des siècles et récemment rasé par l’État islamique.

Certains propos de l’auteure, empreints de supériorité patriotique, doivent être remis dans leur contexte historique de la France coloniale d’entre-deux-guerres.

 

Palmyre, 20 avril 1922.

[…] Au matin, nous descendons au camp d’aviation, en dehors de la ville. Le jour a peuplé les ruines et nous croisons des troupes d’enfants et de femmes.
Le Bréguet où je vais monter brille comme un bibelot de luxe. Encore quelques instants et j’aurai reçu le baptême de l’air, au cœur des sables, en plein désert. Pas l’ombre d’une émotion, sinon une curiosité que l’attente intensifie jusqu’au paroxysme. Je m’engouffre dans une vaste combinaison fourrée où je disparais, j’enfonce avec difficulté ma tête dans un casque de cuir, je m’applique sur les yeux une paire de solides lunettes. Je suis parée, en avant, et je me hisse avec peine dans la carlingue où le pilote est déjà installé. Le moteur, poussé à fond, rugit, formidable, et demandant grâce avec menace ! Les oreilles sont remplies d’un bourdonnement qui croît. — « Coupé, contact, coupé ! » L’avion a bougé, il bouge… Les mécaniciens retiennent encore les ailes, ils les lâchent.
Nous décollons. Sur le sable roux nous glissons de plus en plus vite, les ailes de l’hélice s’enfièvrent, l’air nous pique le visage. Le sol se dérobe. Nous conquérons le ciel. Nous montons. Le vent de la course et le vrombissement du moteur ouatent nos sensations et nous retranchent de la terre. Et voici que Palmyre apparaît dans sa gloire. Lire la suite…

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Lorsque les nazis sont venus… – Poème de Martin Niemöller

Ce poème est attribué à un allemand résistant au nazisme : Martin Niemöller (1892-1984). Militant pacifiste, il ne cessera de prêcher la raison contre l’horreur fasciste.

 

Als die Nazis die Kommunisten holten,
habe ich geschwiegen,
ich war ja kein Kommunist.

Als sie die Sozialdemokraten einsperrten,
habe ich geschwiegen,
ich war ja kein Sozialdemokrat.

Als sie die Gewerkschafter holten,
habe ich geschwiegen,
ich war ja kein Gewerkschafter.

Als sie mich holten,
gab es keinen mehr,
der protestieren konnte.

Martin Niemöller, in « Als die Nazis die Kommunisten holten… », Martin Niemöller Stiftung, 22 septembre 2005. Lire la suite…

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