L’attente est mauvaise conseillère – Texte de Milena Jesenská

J’ai lu, cet été, un livre intitulé « Vivre » qui réunit des articles de la journaliste Milena Jesenská.
On méconnait encore les œuvres de cette femme talentueuse et engagée, rendue célèbre par les correspondances de Franz Kafka.

J’y ai découvert des textes, publiés dans les journaux pragois de l’entre-deux-guerres, d’une modernité surprenante. Le regard de cette auteure sur le monde, l’être humain, le quotidien en Tchécoslovaquie et la menace fasciste était extrêmement lucide.

En voici un, empreint de philosophie, qui nous invite à réfléchir sur notre relation au temps et notre perception du présent :

 

L’ATTENTE EST MAUVAISE CONSEILLÈRE

 

Nous passons notre vie à attendre quelque chose ; nous sommes incapables de vivre sans cette attente, sans cet espoir. Cela ne vous a-t-il donc jamais frappés ? En hiver, nous attendons le printemps, nous imaginons la douceur des soirs et la beauté du soleil estival au bord de l’eau. L’été nous trouve en train de faire des projets d’excursions à skis, à évoquer l’agrément, la secrète volupté du poêle qui ronfle, de la lumière de la lampe et des livres que nous aimons, les joies de la neige et le charme d’un ciel gris et brumeux. Nous attendons une nouvelle robe, une soirée au concert, la ville que nous verrons pour la première fois et les futures rencontres. Petite fille, je vivais dans la folle attente de « la vie ». Je croyais qu’un jour, brusquement, la vie allait commencer, s’ouvrir devant moi. Comme un lever de rideau, comme un spectacle qui commence. Il ne se passait rien et il se passait des quantités de choses, mais ce n’était pas ça, on ne pouvait pas dire que c’était la vie, et il faut croire que je persiste à n’être qu’une petite fille, puisque je reste toujours dans les mêmes dispositions, que je continue à attendre cette vie qui doit venir. Et pourtant, il y a longtemps que la vie a commencé et même, lorsque petite, j’attendais, c’était déjà la vie. Les événements que j’attendais avec tant d’impatience survenaient l’un après l’autre et jamais ils n’étaient aussi beaux que l’attente et ils ne retrouvaient leur beauté que dans le souvenir et dans l’attente renouvelée de leur retour. Lire la suite…

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Chronos

CHRONOS

 

Assis sur une souche
tatouée de vécu,
je trempe mes pieds
dans l’ombre monumentale
que le massif déploie.

En une fraction de déclin,
son domaine s’étend
jusqu’au profond de mes pupilles.

Elle me saisit la chair,
s’incruste à l’ossature
de mes tourments.

Noyé dans le terne
silencieux et rafraîchissant,
je prends conscience
que ma vie n’est qu’un cycle
dans les cycles du temps.

 

Guillaume Riou. Poème écrit en 2012

 

Chronos

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Jardin d’enfants – Poème de Georges Haldas

Georges Haldas est un des poètes que je lis et relis régulièrement car ses poèmes font évoluer mon regard sur la vie, sur le temps et sur l’autre.
Il fige et sublime l’instant, avec une poésie fine et une philosophie profonde.

JARDIN D’ENFANTS

 

Ici l’enfant regarde
un oiseau bien tranquille
dévorer dans les branches
un ver qui tremble encore
Un papillon s’en va
couvert d’or C’est dimanche
Sur un banc deux vieillards
bouche ouverte somnolent Lire la suite…

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Utéronaute

UTÉRONAUTE

à Martin,

Arrimé au vaisseau-mère,
par le cordon vital,
tu flottes
dans l’immensité du cosmos utérin.

Ton corps,
minuscule scaphandre translucide,
croît au rythme fou
des percussions cardiaques.

En lien continu
avec ta créatrice,
tu parais serein…
arborant plus que jamais
la valeur d’être.

 

Guillaume Riou, in Les Citadelles, revue de poésie, n°20, Paris, 2015.

 

Utéronaute

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La volonté de vivre – Poème d’Abou El Kacem Chebbi (أبو القاسم الشابي)

Dans le contexte actuel de la révolution tunisienne, je me suis fait la réflexion que je n’avais lu aucun poète tunisien. Après quelques recherches, je constate qu’il est assez difficile de trouver des éditions en français de poésie tunisienne.

Dans le flot des images qui nous arrivent de Tunisie par internet, je me suis intéressé aux moments où les manifestants entonnent l’hymne tunisien. Le retrouvant sur la toile, j’apprends que les derniers vers sont extraits d’un poème d’Abou El Kacem Chebbi : « La volonté de vivre » (Iradat Ul-hayat).

 

La volonté de vivre

 

Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,
Force est pour le Destin, de répondre,
Force est pour les ténèbres de se dissiper,
Force est pour les chaînes de se briser.
Avec fracas, le vent souffle dans les ravins,
au sommet des montagnes et sous les arbres Lire la suite…

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Existence

EXISTENCE

 

Perce les esprits de ta sarisse
Qu’ils saignent de t’envisager,
Souffle dans ton fifre empoisonné
Cette aubade de supplices.

Tu cloues nos destins
Au pilori de l’absolu.
De la conscience… sangsue :
Nous sommes tes pantins !

Pourquoi ?
Ô reine des fatigues,
Ainsi tu intrigues ?
Pourquoi ?

Harcèle-nous de tes doutes ;
Fais-nous aimer la vie,
Comme l’éphémère rubis
D’une étoile sur la voûte.

 

Guillaume Riou

 

ExistenceAll is vanity – Vanité de Charles Allan Gilbert

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