Jardin d’enfants – Poème de Georges Haldas

Georges Haldas est un des poètes que je lis et relis régulièrement car ses poèmes font évoluer mon regard sur la vie, sur le temps et sur l’autre.
Il fige et sublime l’instant, avec une poésie fine et une philosophie profonde.

JARDIN D’ENFANTS

 

Ici l’enfant regarde
un oiseau bien tranquille
dévorer dans les branches
un ver qui tremble encore
Un papillon s’en va
couvert d’or C’est dimanche
Sur un banc deux vieillards
bouche ouverte somnolent Lire la suite…

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Les poètes encore – Texte de Jean-Paul Dollé

LES POÈTES ENCORE

 

C’est une affaire entendue : on ne pense pas, on est pensé.
On n’agit pas, on est l’agent d’une structure inventée par l’exacte typologie des rapports de production et des rapports sociaux qui leur correspondent. Chacun sait bien que les idées ne tombent pas du ciel. Tout cela est acte ; un peu maigre.

Comment nous viennent les idées ? Par l’idéologie, cette pourvoyeuse de mauvaises pensées et de lambeaux d’images qui vous rentrent dans la tête et qui sortent de la bouche sous forme de sons, appelés mots. Existent quelques-uns(unes) préposé(e)s qui sécrètent plus intensivement que d’autres ces petits bouts de réalité sonore et langagière qui consolident et détraquent la réalité tout court. C’est pourquoi ces individus sont séduisants et dangereux. On les nomme en général intellectuels. Lire la suite…

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Enivrez-vous – Poème de Charles Baudelaire

ENIVREZ-VOUS

 

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. Lire la suite…

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Chant IV de « L’identité obscure » – Poème de Jacques Ancet

Mon recueil favori de Jacques Ancet est « L’identité obscure », paru en 2009 aux éditions Lettres vives.
Chacun des chants qui le composent est comme un long souffle révélateur. On y redécouvre le monde au prisme du regard de l’auteur : des éclats, des ralentis, des angles. Ses mots s’enchaînent et imposent un rythme qui fait écho au flux incessant et insaisissable du temps. Chaque chant recèle sa part de vibrations et de brûlures.

Un recueil à lire et à relire, en se laissant guider par le fil d’Ariane du poète.

 

CHANT IV

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L’incertitude selon Prigogine – Texte de Jean Soler

L’incertitude selon Prigogine

 

Quand j’étais en poste à Bruxelles, je voyais souvent Ilya Prigogine. Nous étions devenus amis avant qu’il obtienne, en 1977, le prix Nobel de chimie.
Il habitait, en dehors de la ville, un appartement aux pièces larges et claires donnant sur une terrasse, d’où l’on apercevait un rideau d’arbres. Il y avait peu d’objets mais parfaitement accordés à lui, des œuvres stylisées, elliptiques, épurées comme une équation : statuettes des Cyclades — de la Grèce avant la Grèce — avec leur visage plat, ovale, où seule était marquée la ligne du nez, au-dessus d’un long cou et d’un torse où deux petites protubérances indiquaient les seins ; ou un disque chinois de l’époque Han, en jade, un bi représentant le Ciel, c’est-à-dire, pour les Chinois, l’univers tout entier, avec un vide au milieu, en forme de cercle, et la pierre verte autour, dont le bord extérieur était hérissé par endroits, régulièrement, d’arêtes, si bien que cet objet symbolique alliait le vide et le plein, autant que la courbe et la droite. Il y avait aussi, dans un angle du salon, un piano à queue, avec des partitions de Bach : des notes agencées comme des nombres dans une démonstration mathématique. Il disait que, grâce à sa mère (il était né dans une famille juive en 1917 à Moscou), il avait su lire une partition avant de pouvoir lire un livre. Il aurait aimé être un pianiste professionnel. Il se serait vu aussi en archéologue. Ce que nous aurions pu être a laissé des traces dans ce que nous sommes devenus. Lire la suite…

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La poussière du jour – Poème d’Albert Lozeau

La poussière du jour

 

La poussière de l’heure et la cendre du jour
En un brouillard léger flottent au crépuscule.
Un lambeau de soleil au lointain du ciel brûle,
Et l’on voit s’effacer les clochers d’alentour.

La poussière du jour et la cendre de l’heure
Montent, comme au-dessus d’un invisible feu,
Et dans le clair de lune adorablement bleu
Planent au gré du vent dont l’air frais nous effleure. Lire la suite…

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Fuite

FUITE

 

Lentement,
coule mon ombre

Goutte
à
goutte

Elle s’épanche,
nappe de mon essence,
sur les pierres
polies
aux siècles

– Inexorablement –

Puis imprègne
le sable
jusqu’au noir

Pour finir
emportée,
sédiment d’existence,
dans l’étang
lisse
de
l’oubli.

 

Guillaume Riou, in Fuite, livre d’artistes, Ed. Index, 2012.

 

FuiteReflets – Peinture de Yuuko Suzuki
(source : http://www.artactif.com/suzuki-yuuko)

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Marées assassines

MARÉES ASSASSINES

 

Caresses abrasives,

secondes écumées,

les marées assassines

fondent les galets

au sable du temps.

 

Guillaume Riou. Poème rédigé en 2010 à Penmarc’h et publié dans Les Citadelles, revue de poésie, n°18, Paris, 2013.

 

marées assassines - Photo par Guillaume RiouPhoto prise en 2010 sur la plage de Kérity, à Penmarc’h, en Bretagne.

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