Night air – Chanson de Jamie Woon

Le premier album du chanteur anglais Jamie Woon, « Mirrorwriting », est sorti en 2011 sous le label Cadent song.

Véritable ovni musical, il a connu un succès inattendu et suscité de l’intérêt pour le jeune virtuose à la voix éthérée.

Il paraît difficile de rattacher cet artiste à un genre, tant il mêle les influences. La presse évoque de la « néo-soul électro » ou du « dubstep » et le situe quelque part entre Brian Eno et Moby.

Cet album, aussi étonnant que réussi, surprend l’oreille. La voix et la mélodie se complètent admirablement et invitent à l’envol. Les « vibes » orientales mystiques qui émergent dans les morceaux Night air, Spiral ou Gravity semblent inspirées des origines familiales à la fois asiatiques et écossaises de l’artiste.

Night airPaysage nocturneLéon Spilliaert (1881– 1946), vers 1925, gouache sur papier, 64,5 x 49,5 cm

Night air

 

Night air has the strangest flavour
Space to breathe it time to savour
All that night air has to lend me
Til the morning make’s me angry

In the night air

I’ve acquired a kind of madness
Daylight fills my heart with sadness
And only silent skies can soothe me
Feel that night air flowing through me

In the night air

I don’t need those car-crash colours
I control the skies above us
Close my eyes to make the night fall
The comfort of a world revolving
I can hear the earth in orbit

In the night air

I’ve acquired a taste for silence
Darkness fills my heart with calmness
And each thought like a thief is driven
To steal the night air from the heavens

In the night air

 

Jamie Woon & John O’Kane, in Mirrorwriting, Candent Songs, Polydor, 2011.
Texte extrait de la pochette de l’album.

 

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Des frustrations du langage

Des frustrations du langage

 

Qu’existerait-il sans cette peau du monde qu’est le langage ?

Il est la clé du visible, le code d’entrée en conscience. Mais combien d’éléments (que je nommerai « éléments ») gravitent dans la chair du Tout et n’existent pas tant que nous ne les nommons pas ?
Combien de sentiments renversants, merveilleux, morbides, flottent dans nos inconscients faute d’identité ?

Imaginez l’infinité de perceptions qui nous sont inexprimables, parce qu’on ne les a pas encore vêtues de mots. Ou, pire encore, parce qu’indescriptibles : « Je t’aime ! », « Je te hais ! », « Je crois »… . Mais encore ?
La langue traîne un pesant collier d’épaule : elle enferme l’existant dans les limites des termes qui le qualifient.

Certes, le langage est par essence perfectible et c’est ce qui fait sa force. Le verbe est une liberté, voire une libération. Mais, paradoxalement, il incarcère les éléments du réel dans des définitions, terribles carcans humains.

La poésie, qui pourrait-être l’art de secouer, peser, inventer les mots pour révéler l’invisible et la profondeur du sens, semble incapable de rivaliser avec l’authenticité du regard, du sourire, du cri ou du geste.
Les mots sont-ils donc les pires ennemis de l’écrivain ? Est-il condamné à ramer sur des vagues d’encre pour finalement dériver, à dos de lettres, des origines véritables de sa créativité ?

Après tout, le mot n’est peut-être qu’inexactitude, mais il est le monde (que je nommerai « monde »).

Croyez-bien qu’après cette épaisse boue écrite, je vais me taire. Il ne me reste pour le langage que des sentiments de paliviage et d’otribose ; et surtout mettez-y le sens qui vous convient ! C’est une opportunité bien trop rare…

Guillaume Riou

 


Il y a ne serait-ce que 1001 raisons de se taire… – David Christoffel
(à partir de phrases extraites de l’opéra parlé « Le Fin fond »)

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Vingt-troisième heure…

Vingt-troisième heure…

 

Les artères enneigées

de la ville

irradient,

tranchées sanguines
dans la brume laiteuse.

Des empreintes inconnues,
notes régulières
sur la portée blafarde,
se perdent en silence.

 

Guillaume Riou. Poème publié dans Les Citadelles, revue de poésie, n°17, Paris, 2012.

 

Vingt-troisième heure

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr

Vita Silente – Poème de Michel Passelergue

Vita Silente

« Il faut découvrir l’œil dans chaque chose. »
Giorgio de Chirico

1

Des arcades pour dérober à la nuit, suivant tout son tissu intérieur, l’encre la plus acide. Des ombres démultipliées, des colonnes, des meubles qui se craquellent, des temples de hasard : tout pour mieux vivre à la lumière, sans mémoire. D’une lumière à toucher, à émietter à midi, trempé dans son silence. Le temps, sève en plein sommeil, emporte avec lui nos dernières fumées. Nous survivons. La terre a vomi galets, décombres, âpres fruits mortels ; un voilier a surgi de la toile : c’est l’énigme brûlante. Lire la suite…

Partager
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedintumblr
image_pdfimage_print