Diagnostic – Poème anti-intégristes

DIAGNOSTIC

 

Le soleil brille par son absence ce matin.
Le temps regimbe,
las de galoper sur les braises humaines.

Sous un divin prétexte,
des vies subissent
les attaques pernicieuses d’un cénacle lefebvriste de Civitas.

Sous un divin prétexte,
des vies brûlent
dans les flammes d’une poignée de salafistes djihadistes.

Sous un divin prétexte,
des vies tremblent
au courroux d’un cercle de sionistes du Betar.

Des groupuscules religieux
fanatiques et déviants
crachent sur tous ceux qui ne leur ressemblent pas.

Monopole de leur foi !

Pureté de leur sang !

Établissement de leur théocratie !

Ils profanent, avilissent,
prêchent la censure et imposent leurs dogmes.

– Regain d’inquisition –

Extrémistes parano-haineux,
dégénérés assoiffés de justice divine,
ils concentrent ce que l’humanité a de plus faible et de plus meurtri,
de plus inconscient et de plus sombre.

Leur salut ne viendra ni du dieu vengeur qu’ils fantasment

ni de leurs divagations prophétiques,

mais au mieux :

d’une bonne intraveineuse de laïcité,

d’un comprimé de tolérance matin et soir,

d’un épais sirop de fraternité

et d’un profond lavement aux essences d’humanisme.

 

Guillaume Riou, décembre 2012.

Diagnostic

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Douze Millions de Noirs – Texte du poète Georges Herment

En lisant récemment une revue artistique & littéraire des années 50 ayant pour titre « Le Jazz », j’ai découvert un texte clairvoyant du poète Georges Herment (1912-1969), teinté de force et d’humanisme :

 

DOUZE MILLIONS DE NOIRS

 

En l’an de grâce 1916 naissait aux États-Unis, de douze millions d’hommes anciennement déportés d’Afrique, rivés au sol, réduits à l’état de bêtes, un des plus grands mouvements créatifs de l’Histoire. Jamais leurs bourreaux n’auraient supposé que d’une échine aussi anatomiquement courbée pût s’élever un chant de liberté aussi droit, aussi fulgurant que celui qui devait trouver sa plus triomphale expression dans la trompette de Louis Armstrong. Ces animaux qu’ils croyaient domestiques – ou pour le moins domestiqués – se révélaient rétifs de l’âme à tel point que, devant la splendeur de cette liberté intacte, de ce joyau de sang tenu secret dans ces douze millions de poitrines, ils n’eurent d’issue qu’en les qualifiant de «sauvages ». Ainsi s’inscrit – ou s’aplanit – l’Histoire ; mais le fait est là, toujours aussi cuisant pour les uns comme pour les autres : ces douze millions d’hommes n’ont pas démérité de leur sol, non par un sens plus ou moins matériel ou intellectuel de la révolte – comme on le trouve chez les poètes – mais un sens encore plus vrai, plus fatal : celui d’être restés eux-mêmes – ce qui en somme synthétise la révolte dans ce qu’elle a de plus noble, de plus normal.

A la tête de ces douze millions d’hommes, le meilleur a surgi, le plus pur, élu entre tous pour devenir le héros de sa race – avec cette infaillibilité de « l’instinct » qui la perpétue : Louis Armstrong. Lire la suite…

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