Banian de Madras – Poème de Jean Orizet

BANIAN DE MADRAS

 

À Madras, dans le parc de la Société théosophique, se dresse un banian : il est censé être le plus vieux du monde. Son immobilité n’est qu’apparente; siècle après siècle il se déplace en se multipliant selon un cycle végétatif qui s’exerce de bas en haut comme de haut en bas : les racines, jaillissant vers la lumière, deviennent troncs, branches, et celles-ci, redescendant vers le sol pour y pénétrer, s’y font racines à leur tour, lesquelles engendreront d’autres troncs, d’autres branches aussi. Des fûts se dressent, s’entrecroisent et l’arbre, doucement, forge sa propre cage dont il est à la fois l’otage et le gardien ; mais jamais celle-ci ne pourra l’enfermer puisqu’il saura bientôt créer une autre cage. Lire la suite…

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Chronos

CHRONOS

 

Assis sur une souche
tatouée de vécu,
je trempe mes pieds
dans l’ombre monumentale
que le massif déploie.

En une fraction de déclin,
son domaine s’étend
jusqu’au profond de mes pupilles.

Elle me saisit la chair,
s’incruste à l’ossature
de mes tourments.

Noyé dans le terne
silencieux et rafraîchissant,
je prends conscience
que ma vie n’est qu’un cycle
dans les cycles du temps.

 

Guillaume Riou. Poème écrit en 2012

 

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Les jardins de Colone – Extrait de la tragédie « Œdipe à Colone » par Sophocle

Les jardins de Colone

 

LE CHŒUR. Étranger, tu es dans une contrée célèbre par ses coursiers, dans le plus beau séjour de ce pays, tu es sur le sol du blanc Colone. Ici de nombreux rossignols font entendre leurs plaintes mélodieuses dans des vallons toujours verts, sous l’ombrage du lierre noirâtre, et dans ces bois sacrés, inaccessibles, impénétrables au jour, où les arbres chargés de fruits sont respectés des orages, et où, dans ses joyeux transports, Bacchus aime à errer au milieu du cortège de ses divines nourrices. Chaque jour la rosée du ciel y fait fleurir le narcisse aux belles grappes, et le safran doré, couronne antique des deux grandes déesses. La source du Céphise y verse à flots pressés une onde qui ne dort jamais; et sans cesse son eau limpide court à travers la plaine et féconde au loin les campagnes. Ni les chœurs des Muses, ni Vénus aux rênes d’or ne dédaignent ces lieux. Là croît un arbre que n’a jamais produit l’Asie, ni la grande île de Pélops, habitée par les Doriens, un arbre qui vient de lui-même, sans culture, l’effroi des lances ennemies et qui fleurit à une très grande hauteur dans ce pays; l’olivier à la feuille bleuâtre qui ombrage le berceau de l’enfance, élève dans cette contrée ses rameaux vigoureux. Les chefs ennemis, jeunes ou vieux, ne pourront jamais l’arracher ni le détruire; Zeus Morios et Athéna aux yeux bleus veillent sans cesse sur leur arbre chéri.

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Les arbres – Poème de Jean Lahor (Henri Cazalis)

LES ARBRES

à André Theuriet.

Aimez et vénérez, ne tuez pas les arbres ;
Un pays meurt, après que ses grands bois sont morts ;
Aucun n’est protégé par la splendeur des marbres,
Et, les abris perdus, les peuples sont moins forts.

Ce n’est pas seulement pour la douceur du rêve
Par nous goûtée en l’ombre apaisante des bois.
Qu’il conviendra toujours de respecter leur sève,
Sœur pâle du sang rouge et sacrée autrefois ; Lire la suite…

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