A un gato (À un chat) – Poème de Jorge Luis Borges

A UN GATO

 

No son más silenciosos los espejos
ni más furtiva el alba aventurera;
eres, bajo la luna, esa pantera
que nos es dado divisar de lejos.
Por obra indescifrable de un decreto
divino, te buscamos vanamente;
más remoto que el Ganges y el poniente,
tuya es la soledad, tuyo el secreto.
Tu lomo condesciende a la morosa
caricia de mi mano. Has admitido,
desde esa eternidad que ya es olvido,
el amor de la mano recelosa.
En otro tiempo estás. Eres el dueño
de un ámbito cerrado como un sueño.

 

Jorge Luis Borges (1899-1986), El oro de los tigres, Emecé Editores, Buenos Aires, 1972.

 

A un gatoPhotographie par Sandra Papot

 

À UN CHAT

 

Non moins furtif que l’aube aventurière,
Non moins silencieux que le miroir,
Tu passes et je pense apercevoir
Sous la lune équivoque une panthère.
Par quelque obscur et souverain décret
Nous te cherchons. Nous voulons, fauve étrange
Plus lointain qu’un couchant ou que le Gange,
Forcer ta solitude et ton secret.
Ton dos veut bien prolonger ma caresse ;
Il est écrit dans ton éternité
Que s’accordent à ta frileuse paresse
Ma main et son amour inquiété.
Ton temps échappe à la mesure humaine.
Clos comme un rêve est ton domaine.

 

Jorge Luis Borges, L’or des tigres, Ed. Gallimard, 1976.
Traduit de l’espagnol par Jean Pierre Bernès et Nestor Ibarra.

 

 

 

Clefs : Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo | Sandra Andrea Papot | discrétion | indépendance | indocilité | obscur | félin
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